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Numéro 1 : Désir de langues, subjectivité et rapports au savoir : les langues n'ont-elles pour vocation que d'être utiles ?

N° 1 / 2019

Désir de langues, subjectivité et rapports au savoir : les langues n'ont-elles pour vocation que d'être utiles ?

Adam Catherine, Anderson Patrick, Anderson Patrick, Baidal Cristian, Bert Michel et al.

Désir de langues, subjectivité, rapport au savoir : les langues n’ont-elles pour vocation que d’être utiles ?   Actes du colloque organisé par le laboratoire Dipralang EA739 14-15 février 2019 Université Paul Valéry – Montpellier 3   Numéro spécial coordonné par Amandine Denimal, Ksenija Djordjevic Léonard et Bénédicte Pivot Illustration © Lucie Pardonche

Introduction

DENIMAL AMANDINE, DJORDJEVIC LEONARD Ksenija, PIVOT Bénédicte

 

 

 

Rapport du sujet au savoir : penser le manque ?

Anderson Patrick, Volle Rose-Marie

Résumé

L’importance accordée à ce qui provient du marketing a envahi progressivement le champ de l’enseignement des langues : les « stratégies d’apprentissage » visent à développer « des compétences de communication » définies à partir d’une « analyse des besoins ». A cette conception du savoir qui se fonde sur le couple code / besoins et qui tisse la toile de fond des orientations pédagogiques actuelles, nous voulons opposer une conception toute autre qui envisage les sujets comme des êtres de langage, institués dans et par le langage et dont l’objet de désir n’est pas assimilable à un objet du monde, contrairement au besoin. Le langage ne peut pas être considéré comme une simple opération d’étiquetage référentiel mais au contraire comme la condition première pour que se constituent un monde organisé en réalité signifiante et un sujet. Nous abordons dans un premier temps la question de la négativité du langage à partir de Saussure afin de comprendre comment le sujet du désir se constitue à partir du « manque que porte le langage » selon la formule de Lacan. Nous envisageons ainsi le sujet en tant que parlêtre, divisé par le langage. Puis, en considérant qu’apprendre n’est pas passer de l’ignorance au savoir absolu, nous posons la reconnaissance d’un non savoir, d’une limite indépassable dans le savoir, comme point de départ à tout savoir.

Patrick ANDERSON, Rose-Marie VOLLE
DIPRALANG EA-739
Université Paul-Valéry Montpellier 3

 

Cours de français langue étrangère et silence des apprenants : de l’attente d’énoncés à l’attente d’énonciation

Menouti Kanella

Résumé

L’objectif de cet article est de problématiser l’enseignement du français langue étrangère au prisme du silence des apprenants. Selon l’hypothèse qui sous-tend cette démarche, le silence des apprenants appelle une réponse. Et une manière de répondre à cet appel muet serait de saisir la brisure du silence d’où émerge la parole des élèves silencieux, considérés comme des sujets parlants. Des concepts pertinents issus de la recherche psychanalytique et de la théorie du sujet parlant, ainsi que la recherche socio-anthropologique qualitative sont mobilisés dans le but de comprendre les apprenants silencieux et d’être à même de les répondre en tant qu’enseignant d’une autre langue. Cela présuppose une prise en compte de cette langue comme espace symbolique qui contient la faille et abrite la subjectivité.

Kanella MENOUTI
Université Ouverte de Grèce

 

« Il a détruit, mais de manière constructive ». Entrer dans la langue française avec Claude Debussy

DENIMAL AMANDINE

Résumé

Nous souhaitons livrer dans ce texte l'interprétation d'un récit de vie qui nous semble mettre en lumière ce qui se joue, dans l'histoire personnelle d'un sujet, dans la mise en mots d'une expérience d'apprentissage d'une langue étrangère choisie et aimée, le français, puis rejointe dans le cadre d'une installation de longue durée en France. Il y est question d'une rencontre amoureuse avec cette langue, au travers de la musique de Claude Debussy, choc esthétique qui motive une forme d'identification à ce personnage à la fois éloigné, pour le locuteur, dans l'espace et dans le temps. L'analyse de ce discours permet d'y repérer des divisions et séparations fondamentales, clivages qui rejouent, semble-t-il, le rapport fondamental du sujet au langage, entre perte, transmission et reconnaissance d'une altérité pour que le désir puisse naître.

Amandine DENIMAL
Dipralang EA-739
Université Paul Valéry - Montpellier 3

 

Jacotot, Louvain 1818 : Le « maître ignorant », enseignant de F.L.E.

Derycke Marc

Résumé

Je présenterai les perspectives d'apprentissage ouvertes dès 1818 à Louvain par J. Jacotot à l'enseigne du "maître ignorant". Pour J.J., apprendre une langue, c'est découvrir un "peuple de concitoyens" et leurs savoirs. Priorité est alors accordée aux dimensions culturelles, affectives et cognitives qui appartiennent à toute langue, lesquelles excèdent les approches technicistes et préformatées. La condition est qu'un individu se mette sous l'autorité d'un maître qui suspend son savoir pour lui accorder la liberté de tâtonner en soutenant son désir d'apprendre, mettant au centre un livre d'auteur qui lui parle dans sa langue et dans la langue cible (traduction juxtalinéaire) ; le maître se contente alors de relancer son attention analytique et créative...

Marc DERYCKE
Université Jean-Monnet St Etienne
Laboratoire Educations, Cultures, Politiques (EA 4571)

 

Un « maître ignorant » pour faire émerger le sujet en classe de langue ?

TOTOZANI Marine

Résumé

En revisitant les « postures enseignantes » à la lumière des « leçons d’émancipation intellectuelle » du « maitre ignorant », cette contribution se propose d’aborder les problématiques du sujet en classe de langue par le biais de ce que nous avons appelé la « posture de l’ignorance ». L’analyse des interactions maitre-élèves enregistrées lors d’une activité plurilingue dans une UPE2A à Saint-Etienne permet de dessiner les contours de cette posture et d’ouvrir en même temps une réflexion sur les perspectives qu’elle promet pour l’émergence du sujet en classe de langue.

Marine TOTOZANI
CELEC EA 3069
Université Jean Monnet

 

Subjectivité et désir de langue : éléments pour la (ré)appropriation du yiddish

Bertrand Magali Cécile

Résumé

Cet article fait état d'une recherche en cours sur le rapport subjectif au yiddish d'apprenant·e·s adultes qui fréquentent des cours à Paris. Le croisement d’observations lors d’une université d’été, d’entretiens biographiques et de questionnaires permet de déployer la richesse du rapport subjectif aux langues et d'inscrire la construction d’une énonciation singulière en langue étrangère bien au-delà de la dimension « utilitaire » communément avancée. L'analyse d'éléments de subjectivité, grâce à trois optiques sur le « sujet » (apprenant, parlant et « désirant »), suggère que le désir de langue peut être tout à la fois difficile à exprimer ou à cerner avec précision et évident ou fortement ancré dans le parcours de vie – que l’on soit de culture juive ou non et quel que soit le type de locuteur/-trice. Les « pro-jets » (Castellotti 2017) personnels de (ré)appropriation des apprenant·e·s diffèrent donc fortement. Ces éléments subjectifs permettent ainsi de dégager quelques enjeux pour la réflexion sur la didactique des langues minorées.

Magali Cécile BERTRAND
Université Paul-Valéry Montpellier 3

 

La subjectivité de la voix

Erard Yves

Résumé

Cet article aborde le problème de la subjectivité de la voix dans l’apprentissage du français langue étrangère. Il mobilise l’exemple de la lecture à haute voix pour montrer que mon expression dans une langue qui n'est pas la mienne ne consiste pas à s'approprier cette langue, mais à accepter de se laisser traverser par elle. L’expression de soi n'est possible que sur le fil des expressions d'autrui. Je ne m'approprie donc pas une langue, c'est elle qui s'empare de moi en me liant à elle. Puis-je supporter l'altération de mon expression dans le corps de mots qui ne sont pas les miens ? Cela dépendra de ma capacité à me rendre intelligible dans des rythmes et dans des musiques que je ne maîtrise pas. Cette intelligibilité sera fragile parce qu'elle impliquera toujours que je me reconnaisse moi et que je me fasse reconnaître des autres dans un paysage sonore qui ne m’est pas familier. L'apprentissage d'une langue étrangère me demande alors un effort qui s'apparente à de la patience : vis-à-vis des autres d’abord, vis-à-vis de moi-même ensuite. Cette vision de la subjectivité dans une langue étrangère met en évidence que son apprentissage est tributaire d'une confiance en soi  qui se construit symétriquement à l'apprentissage d'une confiance en autrui. D’une confiance en soi comme un autre.

Yves ERARD
Université de Lausanne, Suisse

 

Mes langues n'ont pas de prix

Ly Christine

Résumé

Les langues sont évidemment utiles et même primordiales pour chaque individu, chaque sujet parlant, mais de quelle utilité parlons-nous ? Les langues ne sont-elles qu'un outil de communication, qu'un système de codes, que pratiques sociales langagières, ou encore que compétences à faire valoir sur un curriculum vitae ? Dans quelle mesure les langues se révéleraient-elles utiles, autrement, et essentielles pour chaque être humain ?

Pour penser cette problématique, je propose une exploration des quatre premiers romans de l'auteure vietnamienne-québécoise, Kim Thuy. Je mettrai en œuvre une lecture globale inspirée de l'analyse du discours, articulée à une approche sociolinguistique, historique et culturelle du pays d'origine de l'auteure. En effet, la prise en compte du contexte d'écriture, du contexte historique, social et culturel apporte un éclairage à la lecture des œuvres de la romancière qui a dû faire face, suite à un exil douloureux, à la nécessité d'apprendre une nouvelle langue, en l'occurrence le français.

J'apporterai quelques éléments de réponses tout à fait subjectives et singulières puisqu'elles seront relatives à l'écrivaine, mais qui peuvent permettre d'entrevoir de manière générale ce qui impulse un désir d'appendre, un désir de langues, un désir de vivre, un désir d'incarner un corps et une parole tout à la fois ; mais aussi la place primordiale de l'affect, des liens d'aimance, et de la présence des Autres dans l'éveil d'un sujet parlant et désirant, d'un sujet singulier et « vivant ».

Je conclurai enfin sur l'idée que les langues sont, dans leurs manifestations expressives diverses (littératures, mots, paroles, etc.) des nourritures affectives, réflexives – indispensables, sans quoi le sujet parlant ne serait peut-être qu'un corps sans esprit.

Christine LY
Université Paul Valéry Montpellier 3
DIPRALANG EA-739

 

« Le théâtre ça change la vie » : du sujet spectateur au sujet acteur en langue étrangère

Caron Elsa

Résumé

Cet article propose de réfléchir à la notion de subjectivité dans l’apprentissage des langues (Anderson, 1999) en lien avec la représentation d’œuvres théâtrales contemporaines pour des apprenants de français langue étrangère (Rollinat-Levasseur, 2017). Questionnant la construction du personnage sur scène (Ryngaert, 2014 : 111), le théâtre contemporain place le spectateur face à de nouveaux enjeux, dans l’apprentissage des langues, il met les dimensions de la subjectivité, de l’imaginaire, du rapport à soi et à l’autre, de la perception, du rapport à ses représentations au premier plan. Questionnant le rapport utilitariste à la langue pour placer au premier plan la notion d’interprétation (Rollinat-Levasseur, 2015), la démarche d’ « école du spectateur » (Loriol & Lallias, 2009) que nous proposons envisage l’interprétation dans le sens de l’expérience herméneutique de l’œuvre (Huver & Lorilleux, 2018), et, d’autre part, dans le sens de l’interprétation au niveau du jeu dramatique. Ces deux aspects inscrivent dans la démarche une forme de réécriture de l’œuvre portée par le sujet, dans sa voix et dans son corps. Quels rapports à l’altérité sont développés à travers les différentes formes d’identification au personnage d’une part, et à travers les dimensions collectives de la double interprétation, d’autre part ? Quelle sera la place de l’enseignant dans ce dispositif convoquant une œuvre dramaturgique ? Quel rôle portera la dimension collective de l’approche ? Le sujet questionne alors son rapport à lui-même, à ses représentations et à ses perceptions, ainsi qu’à la langue et aux langages, notamment ceux du corps et de la voix, qui laissent des traces dans le corps de chacun (Lecoq, [1997] 2016 : 69). C’est par conséquent dans le rapport multiple aux langages du théâtre contemporain qu’une forme de construction subjective est rendue possible dans le travail de l’œuvre toujours en activité (Martin, 2005).

Elsa CARON
ENS Lyon

 

La démarche de création collective pour une pédagogie intersubjective-créative en FLE au niveau supérieur. Quels enseignements tirer de la non-correspondance des représentations sociales de leurs créativités chez des étudiants-acteurs lettons ?

Durandin Jonathan

Résumé

Pour  une alternative à la didactique des langues étrangères basée sur une « conception utilitariste » des langues, cet article propose une réflexion sur une pédagogie intersubjective-créative qui appliquerait les principes de la démarche de création collective théâtrale. Les résultats d’une recherche sur les représentations sociales que des étudiants-acteurs lettons ont de la créativité dans son acception générale mais aussi en langue étrangère et au théâtre laissent comprendre que les principes de création collective pourraient être utilisés en classe de langues étrangères en dépassant les limites physiques et idéologiques qui y sont habituellement posées.

Jonathan DURANDIN
Académie de la Culture de Lettonie

 

Du dépaysement au repaysement : expériences résonantes et démarches sensibles pour l’appropriation en FLE

Dompmartin Chantal

Résumé

Cet article s’appuie sur deux expériences de terrain en FLE : un atelier écriture d’une part et un dispositif destiné aux étudiants exilés d’autre part. Dans les deux cadres sont menées des expériences didactiques, qui emmènent "hors les murs" de la classe, impliquant fortement les participants (enseignants et étudiants) en les engageant dans des parcours "résonnants", en lien avec la ville où ils sont et sa vitalité artistique. L’objectif strictement linguistique est détourné pour mieux être réapproprié et potentialisé dans l’expérience des sujets.

Chantal DOMPMARTIN
Université Toulouse 2 Jean Jaurès
CLLE, Équipe ERSS  (Axe DIDAPS), CNRS
Université Grenoble Alpes
Membre associée LIDILEM

 

Comment le désir de langues vient aux linguistes : témoignage d’un typologue

Léonard Jean Léo

Résumé

La question du désir de langues et de la motivation pour l’apprentissage d’une langue – en l’occurrence, de trois langues, très différentes structuralement les unes des autres, parlées dans des régions éloignées : estonien, mazatec, géorgien – sera abordée à travers l’expérience personnelle du chercheur spécialiste de typologie linguistique et de dialectologie générale, à l’aide d’un modèle associant empathie, charme, curiosité et découverte, menant au dédoublement du chercheur ou de l’apprenant. On partira du principe que le chercheur linguiste n’est jamais qu’un apprenant comme un autre, motivé par des facteurs analogues à ceux de tout autre apprenant (curiosité envers la diversité des langues, empathie pour la langue ou ses locuteurs, charme exercé par la langue, goût de la découverte). La différence avec un apprenant non universitaire de profession tient aux conditions et contraintes institutionnelles du métier de chercheur, qui exacerbent divers aspects de ces quatre facteurs, notamment la découverte, qui prend deux aspects : expérientiel, sur le plan individuel ; épistémologique, sur le plan collectif, en termes de contribution à la connaissance.

Jean Léo LEONARD
EA 739 DIPRALANG
Université Montpellier 3

 

Didactique des langues, idéologies linguistiques et désir de français

Chiss Jean-Louis

Résumé

Cette contribution discute, dans un premier temps, les attendus du colloque de Montpellier et son sous-titre "Les langues n'ont-elles pour vocation que d'être utiles ?" pour ne pas maintenir un face-à-face stérile entre le fonctionnel et le culturel, le besoin et le désir, pour complexifier des dichotomies trop abruptes. Revenant sur la dimension actionnelle et plurilingue du Cadre européen, je plaide pour une conceptualisation historique des contextualisations face à des appréhensions psychanalytiques ou herméneutiques. Avec la notion d'idéologie linguistique, il est question, à travers les subjectivités, d'enjeux politiques et éthiques. C'est ce qu'illustrent, entre autres exemples, l'affaire de la "féminisation" et, plus largement, la conception des "qualités" et des "valeurs" portées par une langue. Il reste que la critique des idéologies linguistiques ne saurait faire oublier leur emprise et leur puissance de séduction que révèle, significativement, le livre d'Alain Borer De quel amour blessée...

Jean-Louis CHISS
DILTEC EA2288
USPC et Sorbonne Nouvelle Paris 3

 

Processus de subjectivation langagière et plurilinguisme européen

Gonzalez Marc

Résumé

A la lecture de nombreux textes officiels de l’Union Européenne, la question des langues apparaît comme un enjeu identitaire crucial et le projet de politique linguistique et éducative conçu par le Conseil de l’Europe est donc centré sur la promotion d’un plurilinguisme « en réponse à la diversité linguistique et culturelle de l’Europe » (cf. CECRL, p. 7) ». La problématique du colloque soulève précisément cette question essentielle pour l’être humain : le rapport du sujet parlant aux langues qui le structurent, sa place subjective entre les langues. Jacques Lacan qualifie l’homme de « parlêtre » car l’homme tient son être de la parole et du langage. Le sujet apprenant les langues étrangères est évidemment concerné, ainsi la conception de tout apprentissage langagier joue un rôle clé en affectant la structure subjective. On peut ainsi avancer que toute opération sur les langues produit des incidences subjectives et identitaires et que les politiques linguistiques européennes ne sont pas sans effets sur les sociétés mais aussi et d’abord sur les locuteurs en tant qu’ils sont des sujets affectés par leurs langues. Il s’agira de réfléchir dans ce contexte à la place et à la figure du sujet en didactique des langues. Je tenterai de mettre en lumière certains enjeux identitaires et subjectifs révélés par la gestion et les modes d’enseignement/apprentissage des langues par et pour l’UE, dans le cadre des dispositifs de politique éducative, notamment l’approche dite plurilingue adossée à une didactique du même nom et associée à une dimension pluri/inter-culturelle. J’interrogerai la pertinence métapsychologique de la notion opératoire de « plurilinguisme » qui joue un rôle central dans la politique linguistique de l’UE, telle qu’elle apparaît liée à un projet idéologique d’une nouvelle identité citoyenne plurilingue et pluriculturelle associée à une didactique du plurilinguisme, outillée par des dispositifs comme le CECRL et le CARAP.

Marc GONZALEZ
EA 739 DIPRALANG
Université Montpellier 3

 

Entendre dans l’enseignement un espace d’altérité, c’est le risque de la praxis et ce sera une place laissée pour la rencontre avec l’autre sujet du désir

Anderson Patrick

Résumé

Dans le champ éducatif s’est opérée une éradication du sujet. Le lien entre parole et transmission des connaissances se trouve de nos jours distendu du fait de la configuration donnée à la langue et au langage (cf. les approches communicatives ou actionnelles, le CECR) Parler ce serait : bien transmettre de l’information. Si l’humain, en sa qualité de néotène est sous-tendu par une théorie du sujet qui fonde le parlêtre et qui conçoit ce dernier comme affecté de la parole, il semble bien que cette délimitation ne soit jamais apparue dans le champ de la DLE. Oubli manifeste de l’antériorité de la parole sur le sujet et oubli qu’il faut de l’(A)autre nécessaire en tant que parlant afin que le sujet se pose dans le monde par la parole. De plus est oublié que le sujet en tant que parlêtre est un sujet clivé qui du fait de parler est un sujet divisé par le langage et marqué par un inconscient. Le passage du continu de son être au discontinu de sa parole inscrit pour le sujet la perte irrémédiable d’une partie de son être. La conséquence est que le désir se constitue dans le matériau du langage, il est la manifestation du sujet qui se pose en niant le réel et opère le prodige selon Kojève de « faire être ce qui n’est pas ». On entendra qu’apprendre ne réside pas dans une simple demande de connaissances, mais dans une adresse, l’adresse de quelque chose adressé à un autre. Adresse formulée sur un mode qui lui est propre, et qui contient la demande de donner vie au savoir. À partir de là, une première orientation consisterait à entendre ce que peut recouvrir la nature du « faire » dans l’acte éducatif. C’est ce qu’Arendt a proposé à partir de la distinction d’Aristote entre praxis et poïesis. Une deuxième orientation conduirait à entendre le rapport d’un sujet à une langue inconnue en tant que désir de jouissance de l’(A)autre. Entendre qu’apprendre : c’est toujours apprendre de quelqu’un pour transmettre à quelqu’un d’autre.

Patrick ANDERSON
Professeur émérite des universités
DIPRALANG EA-739
Université Paul-Valéry Montpellier 3

 

Les professionnel(le)s de l’enseignement des langues face au CECR

DJORDJEVIC LEONARD Ksenija, Prieur Jean-Marie

Résumé

Notre contribution analyse une enquête par questionnaire menée auprès de professionnel(le)s de l’enseignement des langues par les équipes de recherche ATILF (Université de Lorraine) et DIPRALANG (Université de Montpellier 3), intitulée « Le CECR et vous », et en particulier la question ouverte qui clôturait le questionnaire. La majorité des personnes interrogées se sent comme prise au piège entre les cadres stricts posés par les nouveaux modèles didactiques de référence et la liberté d’enseigner, qui devrait en principe permettre à chacun(e) de construire son propre rapport aux langues. Notre constat est que les discours didactiques et les pratiques pédagogiques tels qu’ils se présentent aujourd’hui sont malheureusement de plus en plus enfermés dans des grilles de gouvernance néolibérale qui déshumanisent l’enseignement et éliminent toute imagination créative par laquelle pourrait s’établir le lien des sujets à la langue étrangère.

Ksenija DJORDJEVIC LEONARD
Jean-Marie PRIEUR
EA 739 DIPRALANG
Université Montpellier 3

 

 

Contextualisation et hyperspécialisation en didactique des langues

Pradeau Coraline

Résumé

Cette contribution propose une réflexion sur la contextualisation et l’hyperspécialisation en didactique des langues (DDL), en s’appuyant sur le marché institutionnel des formations linguistiques aux adultes dits « migrants », en France et en Suisse. Des documents de cadrage ont été élaborés pour apporter une expertise légitime à ce secteur éducatif « spécifique », ou tout du moins « particulier ». Leur objectif est d’encourager l’intégration des populations migrantes à leur nouvelle société d’accueil par l’apprentissage de la langue, comme l’indiquait le titre du référentiel français « Français langue d’intégration » (FLI). L’enjeu de cet article est de déterminer si la contextualisation et l’hyperspécialisation en DDL induisent nécessairement une meilleure prise en compte des individus dans l’enseignement et dans l’apprentissage. Il est question d’analyser des documents de référence pour les formations linguistiques, en considérant les préconisations didactiques, les objets de cet enseignement et la répartition pédagogique des savoirs pré-calibrés pour l’intégration.

Coraline PRADEAU
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

 

Pour une didactique des langues et des cultures humaniste, écologique et durable

Meunier Deborah, Defays Jean-Marc

Résumé

Pour dépasser l’opposition entre la perspective instrumentale qui domine actuellement la didactique des langues et des cultures, trop réductrice, et la didactique des langues traditionnelle qui la précédait, trop fermée sur elle-même, il nous semble urgent d’emprunter une troisième voie, celle d’une approche que l’on pourrait appeler humaniste, écologique et durable. Une telle approche doit être envisagée à la mesure et au profit des individus particuliers et singuliers à qui elle s’adresse, dans toute la variété de leurs aptitudes et de leurs aspirations. Au-delà des catégories et du conditionnement induits par des « profils » d’apprenants, il s’agit de diversifier les méthodes et les approches plutôt qu’imposer des objectifs préétablis, contraindre à suivre des parcours préprogrammés, soumettre les personnes à des évaluations systématiques, sans souci de l’appropriation, de la créativité, ni tout simplement du plaisir, qui sont pourtant des moteurs de tout apprentissage. Loin des typologies, du profilage et des descriptions standardisées, il s’agit au contraire de prendre du recul par rapport aux logiques d’homogénéisation et d’uniformisation des approches et des méthodologies. À l’heure où le Conseil de l’Europe vient de lancer le volume complémentaire du CECRL avec de nouveaux descripteurs (mai 2018), nous souhaitons faire état de notre positionnement critique vis-à-vis des paradigmes théoriques et méthodologiques convoqués par ce type d’outils à vocation homogénéisante, là où la singularité et la diversité des parcours, des personnes et des situations d’enseignement/apprentissage obligent à opter pour des dispositifs (y compris d’évaluation) pluriels. Une analyse de discours produits par différentes instances européennes (Commission européenne, Conseil de l’Europe) entre 2008 et 2013, associée à quelques constats préliminaires issus de la lecture critique du Volume complémentaire au CECRL appuieront notre propos. 

Jean-Marc DEFAYS
Deborah MEUNIER
DIDACTIfen
Université de Liège

 

La didactique du grec et du latin à l’ère de la mondialisation : refonder les enseignements par le désir de langues

SOLEIL Divna

Résumé

L’enseignement des langues anciennes en France est actuellement en crise. Les raisons de cette crise sont multiples: les méthodes d'apprentissage qui ont été, par le passé, peu adaptées aux exigences du milieu scolaire, les problèmes que posait un enseignement qui a longtemps fait office de marqueur social et enfin l'écart qui se creuse de plus en plus entre le monde contemporain et les lettres anciennes. Les nombreuses tentatives de sauver l'enseignement du grec et du latin, toujours orientées vers l'éventuelle utilité de ces langues, n'ont pas été véritablement concluantes et l'auter de cette contribution explore une nouvelle voie qui passerait surtout par le désir des langues et par leur vivification.

Divna STEVANOVIC SOLEIL
Aix-Marseille Université
Centre Paul-Albert Février

 

L’apprenant-sujet à l’ère de la globalisation

Baidal Cristian

Résumé


Dans cette contribution, nous évoquerons la question de l’utilité de l’apprentissage des langues dites étrangères d’abord d’un point de vue sociolinguistique, en nous appuyant, entre autres, sur le modèle gravitationnel proposé par L.-J. Calvet (1999), puis dans une optique centrée sur la question de la subjectivité et de l’objectivation tant des acteurs de cet apprentissage (apprenants, enseignants) comme de la langue elle-même.
Pour ce faire, nous évoquerons en DLE le dogme du tout-communicationnel et l’instrumentalisation de la langue-culture, du fonctionnel, prôné dans le cadre de l’approche communicative et la perspective actionnelle centrée sur l’apprenant. La centration sur l’apprenant se fait comme « une sorte de glissement en direction du sujet qui apprend » (Holtzer, 1995). Ce « glissement » reflète une évolution sociétale et culturelle qui doit se lire sous le prisme du contexte social, politique, voire économique dans le cadre de la mondialisation et, dans nos sociétés de consommation, en fonction d’un clientélisme et d’un individualisme qui touchent à même le cœur de l’institution éducative.
Aux Etats-Unis, l’approche actionnelle en DLE ne passe pas par les autorités mais plutôt par l’idéologique. Nous mettrons donc en évidence une série de points de convergence entre l’ACTFL et le CECR, tous deux fondés sur la même logique transactionnelle de l’APC, celle de l’apprentissage fonctionnel et reproductible de la communication centré sur un apprenant interchangeable parce que prévisible, celle de la langue comme bien à acquérir, à consommer, de la langue comme produit, celle du faire et de l’action, celle de l’immédiateté et de l’anonymat.

Cristián BAIDAL
Université Montpellier 3

 

Les critiques du CECRL. Sous les accords de surface, quels enjeux à expliciter les désaccords ?

Huver Emmanuelle

Résumé

Cet article constitue à la fois le point d’entrée et de sortie d’un ensemble d’articles (constitué de celui-ci, puis de ceux de M. Debono, I. Pierozak et V. Castellotti). Ces articles lus conjointement visent à mettre en évidence et à interroger différents positionnements actuellement prévalents en didactologie-didactique des langues (DDdL) et à proposer une interprétation des relations (d’opposition ? de complémentarité ? de prolongement ? d’indifférence ? etc.) entre ces orientations, sous l’angle de leurs soubassements épistémologiques plus particulièrement.
Le présent texte se propose d'illustrer cette visée à partir des critiques du CECRL, afin de tenter de comprendre ce qui semble faire consensus entre celles-ci (ou non), et ce dont procèdent les arguments convoqués. Il s’agira notamment de mettre en évidence le fait que certains accords dans la critique ne portent manifestement que sur les désaccords et relèvent simultanément de profonds différends en termes de positionnement « de fond ». Ceci me permettra, dans un dernier temps, d’ouvrir un chemin vers une critique « à cœur » de la rationalité managériale, chemin qui sera parcouru dans les autres contributions.

Emmanuelle HUVER
EA 4428 Dynadiv
Université de Tours

 

L’utilitarisme et sa critique en didactique des langues : les frontières du rationnel

Debono Marc

Résumé

Les langues ne doivent-elles être qu’utiles ? Cette question rhétorique interroge les déviances utilitaristes de certaines conceptions très actuelles (et influentes) des langues et de leur enseignement/apprentissage (E/A désormais) : l’utilité ne fait pas que primer, elle priverait la didactique des langues (DDL désormais) de toute autre ambition. Ce texte propose l’idée qu’une critique de l’utilitarisme en DDL est indissociable d’une réflexion sur la place et le statut de la rationalité dans cette discipline (notamment quand il s’agit de conceptualiser ce qu’est la langue). Autrement formulé, et de manière volontairement polémique : si l’on critique l’utilitarisme et la domination de l’efficacité managériale dans l’E/A des langues, il faut, en toute cohérence, remonter le fil. Cela est singulièrement dérangeant, car on en arrive assez rapidement à la question (sensible, car nodale en DDL) de la conception de la langue : celle-ci ne peut-elle être que rationnelle ? N’y a-t-il pas un rationalisme certain – et peu discuté – dans sa conceptualisation en DDL ? Et n’est-ce pas là la source même des dérives utilitaristes par ailleurs dénoncées ? 

Marc DEBONO
EA 4428 DYNADIV
Université de Tours

 

Pour une critique autre de l’utilitarisme en didactique et didactologie des langues, à partir d’une approche « hors sujet »

Pierozak Isabelle

Résumé

Le projet de ce texte est ici d’envisager une sortie du clivage sujet/ objet pour, précisément, faire porter une critique autre de l’utilitarisme en didactique et didactologie des langues (DDdL), que ne paraît être en mesure de faire le subjectivisme, ne pouvant questionner en son cœur ce clivage. Mener à bien ce projet suppose dès lors d'expliciter les bases anthropo-philosophiques avec lesquelles travailler et traiter alors d’une autre conception, celle d’un être humain (avant que d’être pris pour sujet), à la lueur de laquelle la DDdL pourrait relire et reformuler autrement ses propres questionnements. Le texte revient ainsi tout d'abord sur le clivage sujet/ objet en sciences humaines (SH), poursuit sur les arrière-plans anthropo-philosophiques d’une approche « hors sujet », avant d’en venir à certains enjeux didact(olog)iques, non pensés en tant que tels dans la littérature, mais qui rejoignent également la réflexion à nouveaux frais de V. Castellotti sur l’appropriation (2017).

Isabelle PIEROZAK
EA 4428 Dynadiv
Université de Tours

 

Un questionnement alternatif à la dichotomie utilité/ subjectivité en didactologie-didactique des langues ?

Castellotti Véronique

Résumé

Ce texte examinera quelques soubassements de la contradiction apparente entre subjectivité et utilité, avant de réféléchir aux potentialités, pour la didactologie-didactique des langues (DDdL) d’une autre inscription épistémologique, qui refuse le dualisme sujet-objet et se situe dans une orientation « hors-sujet » (I. Pierozak, ici même), ne visant pas à compenser des formes d’instrumentalisation managériale mais à les court-circuiter à la racine.

Véronique CASTELLOTTI
EA 4428 DYNADIV
Université de Tours

 

 

Le sujet anthropologique dans le choix des langues

Frath Pierre

Résumé

Dans quelle mesure l’étudiant est-il libre de choisir les langues qu’il va apprendre, d’abord à l’école, ensuite à l’université ? Dans ce texte, on montrera que l’offre de formation en langues correspond à celles que la société considère comme « utiles », mais on montrera aussi qu’il peut exister un espace de libre choix si les universités mettent un place des dispositifs adéquats, qui seront décrits dans ce texte. Avant cela, on tentera d’éclaircir la notion d’« utilité » à l’aide d’une classification gnoséologique des langues, c’est-à-dire par rapport à l’accès aux connaissances qu’elles permettent.

Pierre FRATH
Centre interdisciplinaire de recherche sur les langues et la pensée (CIRLEP EA 4299)
Université de Reims
Centre de linguistique en Sorbonne (CELISO EA 7332)
Groupe d’Etudes sur le Plurilinguisme Européen (GEPE EA  1339)

 

A propos de l’appropriation d’un objet de désir : des étudiants japonais et la langue française

Pungier Marie-Françoise

Résumé

Au Japon, dans un environnement sociétal et académique peu favorable aux langues autres que l’anglais, aucune évidence ne mène à l’apprentissage du français. Pourtant des étudiants continuent de le choisir en entrant à l’université… et pour la majorité d’entre eux, à l’abandonner l’année suivante. A première vue, il y a là un paradoxe sauf si on aborde la question de la relation à la langue française non pas à partir d’un rapport utilitaire mais autre et qu’on postule l’existence d’un objet ne coïncidant pas avec la langue enseignée et à apprendre qui suscite un désir social particulier, l’« akogare ». Quelles sont les formes prises par ce premier objet rencontré par les étudiants avant que les cours ne commencent ? Que deviennent-elles par la suite ? Comment « la langue » se situe-t-elle par rapport à lui et que devient-elle une fois l’apprentissage enclenché ? Quelle sorte d’appropriation est donc alors en jeu ?

L’analyse qualitative d’un corpus de documents variés produits par des étudiants sur prescription enseignante permet de saisir les moments de rencontre avec cet objet de désir, autant « France » que « français », d’éclairer les relations et les projections qu’il suscite.

Marie-Françoise PUNGIER
Université Préfectorale d’Osaka, Japon

 

Scolarisation bilingue et appropriation d’une langue (minoritaire)

Adam Catherine, Larvol Gwenole

Résumé

Dans un contexte où la transmission familiale du breton a brutalement été interrompue depuis les années 1950 (Broudic, 1995), la revitalisation de la pratique sociale de cette langue par le biais principal de l’enseignement bilingue breton-français représente un défi majeur pour la didactique du plurilinguisme dans une perspective interventionniste. Dans cet article, nous croisons une partie des résultats de deux recherches, l’une menée en sociolinguistique (Adam, 2015), l’autre en didactique du plurilinguisme (Larvol, thèse de doctorat en cours) sur le terrain breton, afin d’explorer les phénomènes d’appropriation socio-langagière de l’enfant. Les questions qui sous-tendent ces recherches portent sur les origines et les influences des représentations concernant la langue bretonne, les langues en général et la politique linguistique familiale adoptée, sur le développement de la conscience sociolinguistique et l’appropriation socio-langagière du breton des enfants. Par le biais de cette approche transversale de nos résultats de recherche, il s’agit alors, à la fois, de mettre en lumière les applications didactiques possibles pour l’enseignement/apprentissage bilingue français-langue minoritaire dans une optique praxéologique et, au niveau épistémologique, de s’interroger autour des notions d’appropriation, de motivation et d’individu bilingue. Pour ce faire, après avoir évoqué la genèse de l’apparition des représentations de ces enfants, nous présentons une partie des représentations et motivations enfantines perceptibles dans leurs mises en mots. Puis, nous abordons les représentations parentales et enseignantes et leurs influences sur les représentations et l’appropriation socio-langagière de ces enfants. Enfin, nous évoquons les perspectives didactiques et épistémologiques de ce travail.

Catherine ADAM
ENSTA Bretagne

Gwenole LARVOL
Universités Rennes 2 et Genève

 

Désir de langue, subjectivité, rapport au savoir : le cas de la revitalisation des langues très en danger

PIVOT Bénédicte, Bert Michel, Yerian Keli

Résumé

Cet article porte sur le contexte particulier de l’enseignement et de la transmission de langues très menacées. Les auteurs, linguiste, sociolinguiste et formatrice d’enseignants de langues, sont membres du réseau de recherche Langues En Danger – Terrain, Documentation, Revitalisation (LED-TDR), qui a développé une approche contrastive d’étude de la revitalisation des LED. Cette proposition se base sur des observations de terrain de langues très menacées au Nicaragua, en Oregon (USA) et en France : dans les cas les plus favorables, il ne reste aujourd’hui que quelques locuteurs âgés, mais le panel des situations prises en compte s’étend jusqu’aux cas de langues « dormantes » (sleeping languages dans la littérature en anglais).
Ces différentes situations partagent des caractéristiques spécifiques. Ces langues ne sont plus des médias de communication usuelle, mais il existe pourtant une volonté de transmission et d’apprentissage, qui se heurte au poids des modèles d’enseignement dominants. Ceux-ci prennent peu en compte la dimension affective et identitaire, essentielle, motivant les apprenants et les enseignants, dimension doublée parfois d’un sentiment de devoir envers leur communauté, l’objectif de la transmission étant de « sauver la langue »
(Hinton, 2010).
Les méthodes et objectifs des modèles d’enseignement de langues se révèlent également peu appropriés aux situations d’enseignement de langues très menacées. Dans des contextes où il n’existe pas (ou très peu) de marchandisation possible des compétences langagières, les approches communicatives et actionnelles se justifient-elles quand la langue n’est pratiquement plus parlée et que les seuls échanges possibles se tiennent systématiquement entre personnes partageant une même langue première ? Parler la langue devient alors un objectif en soi, la fonction symbolique primant sur la fonction communicative, caractéristique typique des situations de dynamiques postvernaculaires (Pivot, 2014).

Bénédicte PIVOT
EA 739 DIPRALANG
Université Paul-Valéry Montpellier 3

Michel BERT
UMR 5596 DDL, Labex ASLAN
Université Lumières Lyon 2

Keli YERIAN
Language teaching studies program
Université d'Oregon, USA 

 

Désir de vie, désir de langue, quand le français s’emmêle

Gardies Patricia

Résumé

A l’heure actuelle pour beaucoup d’êtres en exil, le désir de vie se substitue au désir de langue. Et pourtant cette langue étrangère est bien là, à maîtriser quoiqu’il arrive pour obtenir le sésame que constitue pour eux le titre de séjour. Mais comment apprendre une langue que l’on n’a pas forcément choisie, qui n’a finalement que peu de valeur et à laquelle se rattache de prime abord peu d’affect ? En effet, si la langue maternelle est là, prégnante, inexorablement liée au pays maternel, elle doit laisser la place à un nouveau canal d’expression aux reflets culturels inconnus. Le processus d’acquisition se décline en autant de variations que de locuteurs car chacun vient d’un ailleurs qui lui est propre et va colorer un apprentissage aux multiples dimensions. « Langue des oiseaux » pour l’un, car synonyme de liberté, elle sera pour l’autre un non-choix imposé par le démantèlement de Calais et des brumes britanniques qui resteront inaccessibles. Or si les voies sociolangagières d’acquisition (Adami, Leclerq) ont été clairement définies, elles ne prennent pas en compte le sentiment d’acquisition de l’apprenant qui peut ainsi considérablement varier selon le contexte.
Nous nous pencherons sur le cas d’adultes migrants possédant un diplôme d’études secondaires, ayant pour projet de débuter leurs études universitaires ou de les poursuivre en France. Débutants en français pour la plupart, c’est à travers leurs témoignages et leurs pratiques de classe au sein de l’IEFE (Université Paul Valéry) que nous tenterons de cerner leurs processus d’acquisition, les imaginaires liés à leur apprentissage du français entre motivation et résignation. De quelle place le sujet, basculant entre deux cultures, deux visions du monde peut–il acquérir la stabilité et apprendre à désirer cette nouvelle voie d’expression qui est désormais la sienne ?

Patricia GARDIES
EA 739 Dipralang
Université Paul Valéry Montpellier 3

 

Marchandisation du français en milieu rural en Colombie

Villa Beatriz

Résumé

Dans la province rurale de l’Oriente d’Antioquia en Colombie, la langue et la culture françaises sont perçues comme des “biens” qui permettent de “gagner sa vie”. Notre étude analyse un projet d’apprentissage linguistique et technique, initié et mené par trois groupes productifs ruraux : un groupe porteur (une vingtaine de futurs enseignants de langue) et deux groupes apprenants (petits producteurs agricoles et artisans céramistes). Nous avons observé le déroulement du projet pendant deux ans, suivant une démarche ethnographique capable de rendre compte des aspects multidimensionnel (rapports sociaux, apprentissages, économie) et multisites (maison, ferme, coopérative, village, atelier de langue) de l’objet d’étude : Quelles valeurs les deux groupes apprenants confèrent-ils aux savoirs linguistiques (FLE) et techniques (fabrication fromagère et céramique artisanale) ? Quels sont les impacts de ces valeurs sur les apprentissages, sur les logiques d’action et sur les configurations sociales de chaque groupe socio-professionnel ?
Dans le groupe apprenant des petits producteurs agricoles, les apprentissages sont caractérisés par une sollicitation fréquente de l’aide de l’enseignant, une centration sur le recadrage de l’activité plutôt que sur la langue étrangère, des passages fréquents d’une séquence conversationnelle à une séquence didactique, en bref, une adaptation moins facile aux rythmes et aux activités proposées. De plus, ils abandonnent le projet d’apprentissage linguistique et technique au bout de six mois d’expérimentation. Ici, la valeur d’usage (le volet technique) de la langue étrangère est déterminante dans leur choix de décliner l’offre d’apprentissage. En effet, les mauvais résultats de la fabrication fromagère lors des ateliers techniques ont une incidence négative sur les ateliers de langue. Pour les artisans céramistes la langue française constitue un moyen et un outil pour se doter d’une nouvelle ressource professionnelle et individuelle. Pendant plus de deux ans ils s’investissent dans cet apprentissage. Les apprenants participent à l’établissement des réseaux de communication, opèrent des choix vis-à-vis de la présentation des formes lexicales et aident l’enseignant lorsque celui-ci rencontre une panne lexicale. Ici, les objectifs techniques sont moins importants car ils s’assignent un statut d’artistes créateurs, donc connaisseurs des techniques. C’est la langue étrangère qui importe. Cet intérêt met en relief un calcul économique et une conscience du fait qu’en dehors du projet, ils ne peuvent pas assumer le coût d’un objet d’apprentissage aussi prestigieux. Dans ce groupe le projet débouche sur la configuration d’une Communauté de pratique autour de la langue française. Pour les deux groupes apprenants, il s’agit d’exploiter au mieux l’offre d’apprentissage du français. Ce processus reste cependant sous influence des valeurs d’usage ou marchande attribuées à l’objet d’apprentissage. A l'issue de cette étude, on observe un lien étroit entre assignation de valeur à la langue et engagement des acteurs sociaux.

Beatriz VILLA
Université Grenoble Alpes

 

L'obscur objet du désir d'enseigner

Cicurel Francine

Résumé

En nous appuyant sur des corpus de verbalisations d’action d’enseignement du FLE (constitués au sein du groupe de recherches IDAP-DILTEC), on cherche à saisir des traces du désir de transmettre et les formes qu’il prend : désir que les apprenants progressent, désir d’harmonie du groupe, désir de s’accomplir en tant qu’être-professeur, désir de partage, désir de susciter et garder l’intérêt des apprenants. Il arrive que les désirs du professeur et ceux des apprenants ne coïncident pas, ce qui pousse à poser la question suivante : qu’est-ce qui prime, le désir du professeur d’agir d’une certaine manière ou le désir du groupe ? La problématique du désir entendu comme une «  pulsion à transmettre des savoirs » nous amène à réfléchir à l’agir professoral. De ces verbalisations d’enseignants collectées sur des terrains divers émergent des savoirs qui font place à la subjectivité. L’enseignant se regardant agir en classe construit, en tâtonnant, la description de sa pratique et ce qu’il ressent. Il cherche les mots, hésite, se contredit parfois, et de cette expérience de parole se dégage une connaissance inédite du métier qui fait place aux sentiments, aux émotions, à l’incertitude, au souci pour les apprenants. 

C’est donc à travers des retours sur l’action (dans la lignée des travaux de Clot et Faïta, Bigot et Cadet,Aguilar et  Cicurel) mais aussi en nous inscrivant dans une tradition philosophique autour du désir comme moteur de l’action (conatuschez Spinoza, motif-en-vue-dede Schütz) que nous aborderons le lieu-classe autrement que comme répondant à des seules fins utilitaires.

Francine CICUREL
Université Sorbonne nouvelle-Paris 3
DILTEC-IDAP

 

Voyage dans la langue de l’autre. Analyse discursive de témoignages de professeurs de français égyptiens

VIGNES Laurence

Résumé

Comment le « désir de langue » de futurs enseignants de Français Langue Etrangère en Egypte se construit-il ? Pourquoi ont-ils choisi d’étudier le français puis de l’enseigner ? Comment vivent-ils leur métier de professeur de français aujourd’hui ? Ces deux questions ont guidé l’analyse des entretiens compréhensifs que nous avons menés avec vingt professeurs égyptiens en stage à l’Université de Rouen. Nous proposons dans cet article, d’explorer leur relation avec le français en laissant résonner leurs propos avec la réflexion de Patrick Anderson, auteur d’Une langue à venir, un ouvrage singulier dans le paysage de la didactique du FLE qui s’interroge sur le rapport du sujet avec une langue « autre que celle de l’accès au langage ». Notre texte, abordant la dimension subjective de l’appropriation d’une langue est organisé en trois parties, tout en suivant une chronologie biographique (de la position d’élève et d’étudiant à celle d’enseignant) ; il s’intéresse essentiellement au thème de la médiation enseignante dans l’apprentissage de la langue. Seront également évoquées des questions liées à la culture éducative et aux spécificités de l’enseignement en Égypte.

Laurence VIGNES
Université de Rouen

 

 

 

Enseigner l’occitan : de l’opprobre au désir ?

Verny Marie-Jeanne

Résumé


Après des décennies d’interdiction de fait dans l’école, les langues régionales y ont progressivement fait leur entrée depuis la loi Deixonne de 1951.

Pour autant, celle-ci ne n’est pas accompagnée d’une normalisation de leur perception autant par les apprenants que par les enseignants ou l’institution elle-même. Des représentations perdurent, qui sont liées au statut diglossique de la langue, en l’occurrence l’occitan, entre survalorisation compensatoire de type affectif et persistance du dénigrement plus ou moins violent.

Ce travail s’appuie sur un questionnaire renseigné, de façon anonyme par plus d’une centaine d’enseignants d’occitan quant à leurs conditions d’exercice et à leur perception de leur métier, en relation avec l’image de la langue enseignée.

Marie-Jeanne VERNY
LLACS EA-4582
Université Paul-Valéry Montpellier 3

 

Place et rôles de l'enseignant d'après le CECRL et le PEPELF

Gutierrez Romero Claudia Ximena

Résumé

Les rôles attribués aux apprenants et aux enseignants de langues ont évolué avec le temps: l'apprenant prend plus d'importance et devient le centre de l’enseignement-apprentissage et l'enseignant, quant à lui, devient un guide, un médiateur, un organisateur, etc. L’évolution de ces rôles peut être constatée dans les guides de didactique des langues, ainsi que dans des documents qui prennent plus d’importance dans les formations d'enseignants de langues, tels que le Cadre Européen Commun pour les Langues (CECRL) et le Portfolio Européen pour les enseignants de langues en formation initiale (PEPELF).  C’est pourquoi, dans cet article, une analyse qualitative de ces deux derniers documents sera réalisée pour mener une réflexion des rôles attribuées aux enseignants, ses implications, ainsi que l’importance des formations des enseignants dans leur création et dans leur problématisations.

Claudia Ximena GUTIERREZ ROMERO
EA 4428 DYNADIV
Université de Tours
 

 

La dimension subjective du « soi lié à la L2 » (L2 self) : enjeux théoriques et méthodologiques

Dorota Pudo

Résumé

Le concept psychologique du « soi », malgré le rôle crucial qu'il joue dans la psychologie générale, n'est que rarement pris en compte en didactique de langues. Zoltàn Dörnyei (2005, 2009), s'inspirant des théories psychologiques des « sois possibles » et des « divergences des représentations de soi », a formulé la théorie du « système motivationnel des sois liés à la L2 » (L2 Motivational Self System). Appliquant le « soi idéal » et le « soi obligé » au domaine de l'acquisition de la langue, il y voit des facteurs dynamisant l'action de l'apprenant et déterminant ses choix. La théorie a été élaborée et validée à la base de recherches quantitatives impliquant des procédures statistiques complexes. Une approche différente est adoptée par Sarah Mercer, qui explore la notion du « concept de soi » dans la didactique des langues (2009, 2011, 2012). Sa démarche relève d'une approche qualitative à la collecte et à l'interprétation des données. Nous examinons en détail ces deux approches du soi de l'apprenant d'une langue étrangère, en analysant leurs points forts et limitations ainsi que leur valeur heuristique et utilité pour la recherche future.

Dorota PUDO
Université Jagellonne, Cracovie, Pologne

 

Le coaching au service de l’enseignement-apprentissage des langues-cultures

YASRI-LABRIQUE Eléonore

Résumé

Le coaching de développement personnel est une discipline relativement récente dont les fondements s’inscrivent au cœur des Sciences Humaines et Sociales. De façon relativement simple, on peut dire que le coaching consiste à accompagner un individu à la fois dans le cadre d’une évolution personnelle et vers la réalisation d’un objectif permettant d’atteindre un nouvel équilibre satisfaisant. Les présupposés théoriques et les outils pratiques sur lesquels il s’appuie sont parfois intégrés dans certaines situations d’enseignement-apprentissage mais les différents acteurs concernés gagneraient sans doute à être sensibilisés aux méthodes de cette profession qui, à la suite de Carl Rogers, propose une approche centrée sur la personne, dont les trois attitudes : congruence, empathie, regard positif inconditionnel, sont les trois composantes nécessaires et suffisantes pour être dans une dynamique de développement, d'épanouissement et de croissance. Cela évoque les approches communicatives et actionnelles en didactique des langues-cultures, centrées sur l’apprenant et qui cherchent à lui faire acquérir une plus grande autonomie dans les situations connues ou inconnues. A l’heure où la mondialisation bat son plein et où se développent de nouvelles manières d’enseigner et d’apprendre, le métier de l’enseignant évolue. Nous ne sommes plus seulement là pour transmettre un savoir mais pour donner des clés à l’élève ou l’étudiant afin que celui-ci puise en lui les ressources dont il a besoin dans un contexte de communication même inédit. Les apprenants expriment des motivations, des envies et des objectifs qui ne sont plus les mêmes par rapport aux époques antérieures. Ces changements supposent un renouvellement de la réflexion didactique ainsi que des innovations sur le plan pédagogique. Le coaching peut en faire partie. En particulier, nous semble-t-il, au niveau du Français sur Objectif Universitaire. Celui-ci pose de nouveaux défis dans la mesure le formateur est confronté, de la conception des enseignements à leur mise en place, à des contraintes liées aux objectifs des apprenants qui vont être immergés dans des discours fonctionnels en langue cible tout au long de leurs études. Il nous faut donc continuer à combler leurs lacunes linguistiques, à réduire leur déficit d’acculturation et à limiter leur insécurité discursive, en incluant par exemple réflexivité et empathie dans notre approche interculturelle et intersubjective, basée sur l’écoute active, l’accompagnement individualisé et l’excellence du rapport collaboratif, principes sur lesquels repose également le coaching.

Eléonore YASRI-LABRIQUE
DIPRALANG EA-739
Université Paul-Valéry Montpellier 3

 

L’impact des facteurs affectifs sur le développement de la compétence plurilingue. Vers une approche SMART en classe de langue tertiaire

Kucharczyk Radoslaw

Résumé

L’objectif du présent article est de présenter la compétence plurilingue en tant qu’ensemble complexe et fortement individualisé qui demande une opérationnalisation afin d’être consciemment développée en classe de langue. L’article commence par la définition de ladite compétence : nous énumérons ses traits caractéristiques, de même que ses descripteurs élaborés par les concepteurs du CECRL. Ensuite, nous proposons notre propre modèle (dit SMART) qui permet de développer la compétence en question, notamment en classe de langue tertiaire, et dans lequel les facteurs affectifs jouent un rôle important. L’article débouche sur la présentation des résultats d’une étude empirique menée auprès des élèves polonophones dont l’objectif était d’examiner le contexte d’enseignement/apprentissage du français afin de préparer le terrain pour utiliser le modèle SMART en classe de FLE.  

Radosław KUCHARCZYK
Université de Varsovie, Pologne

 

Déconstruire la motivation pour rencontrer le désir (de langue)

Zeiter Anne-Christel

Résumé

Se demander pourquoi une personne apprend (ou pas) une langue revient à se demander comment elle apprend, en termes de dispositif didactique, et pourquoi / pour quoi elle apprend, lorsque le dispositif didactique ne suffit pas à l’expliquer. Le concept de motivation est alors fréquemment mobilisé, au risque de masquer la complexité des dynamiques psycho-affectives et sociales qui structurent les modalités de l’appropriation langagière de chaque apprenant·e. Le présent article propose de déconstruire ce qui pousse à convoquer cette notion un peu floue pour mieux identifier ce qui ouvre au sujet apprenant des accès vers l’appropriation langagière, et réfléchir à la place ou au rôle à lui donner si on veut l’accompagner dans son désir de langue, quel qu’il soit. Il s’agira donc ici de penser à comment contourner le concept de motivation, à comment ne pas le mobiliser au moment où l’on voudrait justement le mobiliser, ou à le mobiliser en creux, non pour ce qu’il désigne mais pour ce qu’il masque. Cette question sera investiguée à partir d’extraits de biographies langagières réflexives recueillies à l’Université de Lausanne auprès d’étudiant·e·s alloglottes de Baccalauréat FLE. Les notions de langue et d’appropriation langagière seront définies en lien avec les notions de subjectivité et de socialisation langagière pour penser le désir comme un engagement dans la langue structuré par des enjeux subjectifs, sociaux et communicatifs. Une perspective plus didactique soulignera l’intérêt des démarches biographiques réflexives pour accompagner les sujets dans leur désir de langue.

Anne-Christel ZEITER
Université de Lausanne, Suisse

 

Du mutisme au “pouvoir-dire”: cheminements subjectifs

Hartwell Laura, Decuré Nicole

Résumé

Dans le secteur LANSAD, les heures de contact avec les étudiant·e·s sont faibles. Il est ainsi difficile de connaître leurs dé/motivations pour les langues. Pourtant, l’ouverture vers une autre communauté linguistique, la motivation et le dispositif d’apprentissage sont des facteurs clés. Ici, nous nous appuyons sur un corpus de 200 écrits d’étudiant·e·s de L3 et M1 en maths et informatique faisant le bilan de leur année d’anglais et permettant ainsi d’entrevoir leurs attentes, désirs, frustrations, motivations, plaisirs dans l’apprentissage de cette langue ainsi que leur rapport au savoir. La question que nous posons est donc la suivante : quelle est vraiment l’attitude des étudiants en Lansad vis-à-vis de cette langue obligatoire?
On cherchera à repérer, parmi les déclarations convenues sur l’utilité de l’anglais comme langue internationale ou pour la vie professionnelle, une parole plus authentique sur les désirs profonds, ou le manque de désirs, dans l’apprentissage et de trouver des points communs au sujet des représentations sur les langues étrangères.

Laura HARTWELL, Nicole DÉCURÉ
Université Toulouse 1 Capitole

 

« Moi je sais pas français » : La langue de l'enfant descendant d'immigrés à l'école

Djordjevic Sladjana

Résumé

Cet article questionne la place accordée à la langue du jeune enfant bilingue en contexte scolaire. Nous employons le terme la langue de l'enfant pour référer à l'ensemble des codes linguistiques, des langues, du répertoire des enfants descendants d'immigrés. Nous investissons la question des représentations collectives et individuelles du bilinguisme et de leur impact sur l'appropriation précoce de la langue de l'école. Pour ce faire, nous présentons les résultats des analyses des comportements communicatifs et des attitudes d'un enfant descendant d'immigrés scolarisé dans un établissement relevant du réseau d'enseignement prioritaire plus. La construction de l'enfant en tant que locuteur bi/plurilingue met en jeu une multiplicité de facteurs tels que l'âge, l'affect, les langues, les modalités d'enseignement, les familles, les représentations, l'identité, etc. Les relations complexes entre ces facteurs demandent d'accorder une place prépondérante aux possibilités pour les enfants de (se) dire "je" en contexte scolaire afin de favoriser la construction de soi comme locuteur bilingue et de s'inventer sa langue.    

Sladjana DJORDJEVIC
Université de Haute-Alsace

 

Apprendre et réapprendre la langue du partenaire par le tandem linguistique transfrontalier au sein d’Eucor – Le Campus européen : entre motivation professionnelle et désir personnel

Faucompré Chloe, Kulovics Nina

Résumé

Dans une Euro-région telle que le Rhin supérieur, où la coopération transfrontalière est institutionnalisée, le travail avec l’Autre peut être chose fréquente et conduire à l’émergence de besoins spécifiques venant se heurter à des représentations et des croyances bien ancrées chez les individus. Le réseau Eucor – Le Campus européen constitue justement une plateforme collaborative transfrontalière où les membres des cinq universités allemandes, suisses et françaises partenaires sont amenés à coopérer à tous les niveaux. Toutefois, comment amener les employés (personnel administratif et enseignants-chercheurs) de ce réseau à coopérer entre eux, si ce n’est en dépassant les frontières linguistiques et culturelles ? Et plus précisément, dans quelle mesure le tandem linguistique transfrontalier constitue une méthode pertinente pour donner envie à ces employés d’apprendre ou de réapprendre la langue du partenaire ?  Pour répondre à ces questions, notre contribution propose de s’appuyer sur le discours des 16 participants de l’édition 2017-2018 à la formation linguistique et interculturelle « Communiquer dans la langue de l’Autre » proposée par NovaTris, collecté à l’aide d’entretiens semi-directifs individuels. Grâce à une analyse de contenu thématique, nous verrons en quoi le désir d’apprendre ou de réapprendre la langue du partenaire dépassait le plus souvent la simple motivation professionnelle des participants interrogés, nous révélant alors toute une série de facteurs liés au désir de rencontrer et de « faire avec » l’Autre, présentant ainsi le tandem linguistique transfrontalier comme une méthode permettant de répondre en partie aux objectifs de cohésion interrégionale du Rhin supérieur.

Chloé FAUCOMPRÉ
Pädagogische Hochschule Freiburg, Institut für Romanistik
Université de Haute-Alsace de Mulhouse, ILLE (EA 4363)

Nina KULOVICS
Université de Haute-Alsace de Mulhouse
Université de Strasbourg, Département LEA

 

Réflexions et outils pour une meilleure identification des besoins en didactique du français sur objectif universitaire

Douidi Nadhir

Résumé

La méthodologie du français sur objectif universitaire (désormais FOU) développée par Mangiante et Parpette (2011), calquée sur la méthodologie du français sur objectifs spécifiques (FOS) des mêmes auteurs (2004) a fait l’objet de nombreuses recherches et applications, mais ne connaît à ce jour qu’une seule étude critique, celle de Richer, publiée en 2016. C’est ainsi que, faisant suite à des constats, expériences d’enseignement et recherches en lien avec la problématique de l’analyse des besoins langagiers et d’apprentissage en didactique du FOU, nous nous sommes attelé à souligner les limites de cette méthodologie. Les idées directrices d’une telle démarche critique consistent, dans un premier temps, à réfléchir aux notions de besoin, notamment de besoin(s) subjectif(s) (Richetrich et Chancerel, 1977 ; Richterich, 1985), d’apprentissage en autonomie (Holec, 1979) et de réflexivité, et à lier ces différentes notions entre elles, pour aboutir finalement au journal de bord d’apprentissage (Cadet, 2004) comme outil optimal d’identification des besoins des apprenants. Notre choix du terrain de recherche s’est porté sur les étudiants de première année de médecine à l’Université de Tlemcen, en Algérie. Nous avons élaboré un dispositif pédagogique et de recherche basé principalement sur l’utilisation du journal de bord d’apprentissage et sur la triangulation des sources (Lancereau-Forster, 2014) à travers la collaboration étroite entre enseignant(s) de spécialité, enseignant(s) de français et étudiants. Après une première expérience qui a avorté, la notion d’utilité perçue (Knoerr, 2016) s’est également avérée intéressante pour réfléchir à l’élaboration d’une version améliorée de ce dispositif, prochainement mis à l’épreuve du terrain.

Nadhir DOUIDI
DIPRALANG EA 739
Université Paul Valéry - Montpellier 3

 

Les représentations langagières et la dimension subjective de l’apprentissage du FLE chez les locuteurs algériens

Mokrani Lila

Résumé

Notre proposition s’inscrit dans le cadre de la psychologie sociale et cognitive prenant en compte la dimension subjective de l’apprentissage. En effet, la langue étrangère et son approche reposent sur l’amour de cette langue ou au contraire sur son rejet. De fait, le désir, la fascination, l’attirance, la réticence conditionnent l’apprentissage de la langue. En somme, tout est axé sur « la motivation », sur le rapport à la langue. Les locuteurs algériens ont certains rapports à la langue étrangère (le français). Ces représentations varient selon que ces locuteurs (ou apprenants) s’identifient à l’autre, selon qu’ils rejettent l’autre et sa langue ou selon qu’ils le considèrent comme "ennemi-colonisateur" ou "homme civilisé". Toutes ces représentations et bien d’autres nous permettent de poser les questions : Comment le sujet algérien se représente-t-il le français ? Ces représentations conditionnent-elles l’apprentissage et l’expression en langue étrangère ? Pour répondre à ces questions, nous adopterons une démarche descriptive mettant en évidence les représentations des apprenants du secondaire algérien et leurs rapports avec l’apprentissage du français. Ce qui nous permettra d’utiliser deux techniques de recueil de données : l’observation participante et l’enquête par questionnaire. De ce fait, les approches à adopter seront l’approche qualitative et l’approche quantitative.

Lila MOKRANI
Université de Boumerdès, Algérie

 

Éléments de réflexion sur l’enseignement/ apprentissage du FLE en Voïvodine : bilan et perspectives

Popovic Natasa, Manić Matić Vanja

Résumé

Étant donné l’histoire riche et complexe du nord des Balkans, d’où provient aussi son multilinguisme, la Voïvodine, province autonome de la République de Serbie, a été un territoire propice à l’apprentissage des langues étrangères. Parmi les langues étrangères enseignées sur ce territoire, la langue française a toujours eu une place privilégiée, un statut de langue incontournable. Par contre, la politique linguistique actuelle en Serbie, suivant le modèle mondial, ne favorise pas vraiment son apprentissage.
Dans cette contribution, nous envisageons de présenter l’analyse de la situation de l’enseignement du FLE en Voïvodine auprès de grands adolescents et d’adultes, et de voir si celui-ci suit de près la mondialisation et l’ouverture à l’Autre. De même, nous tenterons de répondre aux questions suivantes : La liberté pédagogique existe-t-elle et dans quelle mesure pour les enseignants serbes en classe de FLE dans l’enseignement formel et non-formel ? Quels sont les obstacles pour une meilleure interaction enseignant – apprenant et quels sont les défis auxquels ils sont confrontés ?
Qu’il s’agisse de l’enseignement du FLE formel ou non-formel, nous pouvons dire que la situation en Voïvodine est assez instable et complexe au niveau de la politique de l’éducation, ce qui se reflète bien évidemment sur la motivation chez les enseignants aussi bien que chez les apprenants. Ayant en vue ces circonstances, nous allons prendre part à la réflexion et à la recherche sur l’enseignement du français dans un contexte serbe non francophone pour définir quelle place il occupe actuellement dans l’éducation formelle et non-formelle.

Nataša POPOVIC, Vanja MANIC-MATIC
Faculté de Philosophie et Lettres
Université de Novi Sad, Serbie