coordonné par

Laurent GAJO
& Anne GROBET

 

Quand on veut désigner de manière générale les dispositifs proposant l’apprentissage du français langue étrangère (FLE), il n’est pas rare de recourir à l’expression « enseignement du/en français ». Ceci permet de couvrir deux grandes modalités d’enseignement/apprentissage de la langue, celle qui passe par la matière « français » et celle qui sollicite d’autres matières (enseignement de type immersif). Si l’enjeu se présente d’abord au niveau curriculaire, il interpelle aussi directement la réflexion didactique.

Sur le terrain, il est intéressant de constater que les deux modalités tendent à se brouiller, ceci pour différentes raisons. Par exemple, là où un enseignement renforcé ou intensif du français est proposé, il n’est pas rare d’introduire des « modules » disciplinaires. Cela se rencontre dans des dispositifs où il s’agit de préparer l’entrée dans un programme bilingue, mais aussi dans des situations où il semble pertinent de diversifier le travail linguistique dans un cadre horaire qui prévoit une dizaine d’heures de langue. A l’inverse, il n’est pas rare d’assister, dans le cadre d’enseignements bilingues, surtout à l’école primaire, à de véritables leçons de lexique ou de grammaire dans un curriculum consacré pourtant à une discipline non linguistique. Ces effets de superposition ou de brouillage sont peu interrogés et se gèrent souvent conjoncturellement.

Néanmoins, sur le plan de la recherche en didactique, des éléments de réflexion permettent de penser de manière argumentée les points de continuité et de rupture entre enseignement de la langue et enseignement en langue (voir notamment Cenoz, 2015). Du côté de la langue comme matière, dans la foulée des approches communicatives se sont développées des approches orientées vers le contenu, qui trouvent un certain écho dans la « task-based approach » (voir entre autres Nunan, 2004). Cette orientation se retrouve aussi dans ce qu’il est convenu d’appeler la perspective actionnelle. A l’heure actuelle, toutefois, les notions de contenu et de tâche semblent insuffisamment interrogées, et le passage du communicatif à l’actionnel demande encore à être sérieusement analysé (voir Puren, 2006). Du côté de l’enseignement d’autres matières en français, les recherches en didactique ont manipulé des sigles comme CLIL (content and language integrated learning) et EMILE (enseignement d’une matière par l’intégration d’une langue étrangère), qui postulent un travail intégré sur les savoirs linguistiques et disciplinaires. Cette intégration se retrouve dans la notion de DdNL (discipline dite non linguistique ; voir Gajo, 2009), qui met en évidence la pertinence linguistique de tous les enseignements. La question de la place à accorder à la langue reste toutefois le plus souvent implicite et dépend largement des circonstances et initiatives individuelles.

Dans ces conditions, peut-on considérer qu’il y a une continuité possible ou nécessaire, dans la réflexion didactique, entre les approches orientées vers le contenu et les approches immersives (voir notamment Met, 1998) ? Ceci demande une réflexion fine sur les notions de contenu, de savoir, de tâche et d’action. Une telle réflexion doit par ailleurs revenir sur la notion d’authenticité, inégalement traitée en didactique des langues. Parle-t-on d’authenticité des supports, de la situation, des objectifs, de l’interaction ? On devra aussi s’interroger sur la pertinence et le rôle des outils et des supports du travail didactique, qui varient selon les disciplines scolaires (par exemple, place du microscope et de divers outils d’expérimentation en classe de sciences) et interviennent dans l’accès à la langue et son développement.

Les contributions attendues pour ce numéro des Travaux de didactique du français langue étrangère thématiseront ces questions en s’inscrivant dans l’un des trois axes suivants :

  • Réflexion théorique et méthodologique sur l’enseignement des langues orienté vers le contenu en relation avec l’enseignement de type immersif. La réflexion peut porter sur l’une ou l’autre de ces approches, en pointant ses spécificités, ou thématiser les points de contact et de rupture entre les différents types d’enseignements. L’analyse critique de notions comme celles de tâche, d’intégration (du contenu et de la langue), d’authenticité (des documents, de la démarche, etc.) est la bienvenue.
  • Analyse d’interactions en classe, d’entretiens ou d’autres données recueillies dans les institutions, témoignant des pratiques mises en œuvre dans l’enseignement de la langue orienté vers le contenu et/ou l’enseignement immersif. Outre les pratiques interactionnelles, les ressources (documents, matériel) et tâches peuvent être interrogées, en relation avec les contingences locales (situation sociale, géographique, degré d’enseignement, discipline) dans lesquelles les interactions s’inscrivent.
  • Interrogation des représentations associées à ces différents types d’enseignement, véhiculées notamment par les méthodes d’enseignement, leur mise en pratique (y compris l’évaluation) et les discours des acteurs pédagogiques (enseignants, élèves, cades éducatifs, etc.), concernant l’importance accordée à la langue (aspects grammaticaux, par exemple) et au contenu (en relation avec le curriculum), la difficulté de mise en œuvre pour les enseignants et l’accessibilité pour les élèves. Les éventuelles différences avec la réception du grand public peuvent également être problématisées.

Les langues concernées sont prioritairement le français (en tant que langue étrangère), mais également d’autres langues (allemand, anglais, etc.) en cours d’apprentissage par des francophones.

Références bibliographiques

Cenoz, J. (2015). Content-based instruction and content and language integrated learning : the same or different? Language, Culture and Curriculum 28/1, 8-24.

Gajo, L. (2009). De la DNL à la DdNL : principes de classe et formation des enseignants. Les Langues modernes 4/2009, 15-24.

Met, M. (1998). Curriculum decision-making in content-based language teaching. In J. Cenoz & F. Genesee (Eds.), Beyond bilingualism : Multilingualism and multilingual education (pp. 35-63). Clevedon : Multilingual Matters.

Nunan, D. (2004). Task-based Language Teaching and Learning. A comprehensively Revised Edition of Designing Tasks for the Communicative Language Classroom. Cambridge: Cambridge University Press.

Puren, C. (2006) De l’approche communicative à la perspective actionnelle. In Le français dans le monde 347, 37-40.

Calendrier du numéro

Proposition sur résumé (400 mots environ) : 15 septembre 2018
Notification aux auteurs : 15 octobre 2018
Soumission des articles complets : 15 décembre 2018
Notification et correction du comité scientifique : 30 janvier 2019
Version définitive des articles : 10 mars 2019
Publication du numéro : avril 2019

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