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Numéro 8 : Mobilités, exils, et migrations : des femmes/des hommes et des langues

N° 8 / 2019

Mobilités, exils, et migrations : des femmes/des hommes et des langues

BUCHART Mélanie, DJORDJEVIC LEONARD Ksenija, GANDON Elise, GRAVELEAU Elodie, LAGARDE Christian et al.

Cet appel s'adresse uniquement aux participants au Colloque Jeunes Chercheurs de DIPRALANG qui s'est déroulé en novembre 2018.   Axe « Voyager entre les concepts »   Le premier axe propose une entrée plutôt conceptuelle, celle de questionner les notions importantes qui traversent les divers champs de notre discipline. Dans une perspective de dialogue entre l’anthropologie du langage, la sociolinguistique et la didactique, il s’agirait alors de réfléchir ​ces notions d’identité, d’altérit&eacu... Lire la suite

Les hybrides linguistiques...

Les hybrides linguistiques comme marqueurs d’identité ?

LAGARDE Christian

Cet exposé me permet de revisiter 25 années de recherche, à partir de ma thèse tardive – celle-ci devant préférablement être une étude de cas – jusqu’à de possibles perspectives transversales, qu’il convient de toujours manier avec précaution.

À travers l’autodénomination melandjao surgit l’affirmation voire la revendication de l’hybridité linguistique – dans une certaine mesure, également, d’une hybridité sociale – qui est celle du migrant, en l’occurrence celle du migrant économique en France, et plus précisément en Catalogne Nord. Un tel entre-deux est par nature ambivalent : il se révèle inclusif et en tant que tel, identitaire, mais aussi excluant et signe d’altérité. Il peut certes sembler créatif, mais il n’en est pas moins contraint et stigmatisé. Et l’on hésite à nommer ces productions langagières interlecte, à savoir variété autonome, ou interlangue, qui suppose pour les acquisitionnistes une étape transitoire. L’enjeu sociolinguistique est donc entre intégration et fossilisation/extranéité.

Cette approche binaire s’avère néanmoins inadéquate à plusieurs titres. Tout d’abord parce que les individus, aussi bien que les groupes et les sociétés, sont et deviennent de plus en plus complexes. Ensuite, parce que les formes de migration, au-delà des exils, ne se limitent pas aux flux de main d’œuvre peu ou pas formée, chez qui l’hybride est signe d’absence de choix faute de compétences. En revanche, les migrations d’individus davantage formés, entre autres, au bi- plurilinguisme, changent et complexifient la donne : ainsi se multiplient les acteurs, travailleurs qualifiés ou expatriés cosmopolites et polyglottes, capables de jouer intentionnellement du switch et des marques transcodiques. Mais l’hybridité bas de gamme a-t-elle pour autant disparu ?...

 

Le devenir des...

Le devenir des langues en situation de migrations collectives forcées : trois études de cas

DJORDJEVIC LEONARD Ksenija

Dans cette contribution, nous aborderons le devenir des langues en situation de migrations collectives forcées, à partir de trois études de cas basées sur des observations de terrain réalisé au sein de trois micro-communautés : celle des Tabarquins et celle des Croates du Molise, en Italie, et celle des vieux-croyants, en Estonie. Après avoir présenté les trois situations de migration, et rappelé la situation sociolinguistique actuelle de chacune des trois communautés, guidée par nos observations de terrain, nous porterons notre regard sur les trajectoires des langues qui ont accompagné ces migrations, en donnant la parole à ceux qui les font exister : leurs locuteurs.

 

Le degré de...

Le degré de sensibilité interculturelle des étudiants finlandais en mobilité. Proposition de modélisation

BUCHART Mélanie

Dans une démarche interculturelle, le Conseil de l’Europe préconise certains outils de conception curriculaire (p. ex. le Portfolio Européen des Langues, l’Autobiographie de Rencontres Interculturelles) qui visent à faire des apprenants les médiateurs interculturels de demain. Dès lors, comment mesurer l’adéquation du discours des apprenants à ces récentes politiques linguistiques ? Nous proposons d’étudier les traces discursives témoignant du degré d’ethnocentrisme/ethnorelativisme d’étudiants finlandais mis en situation de rencontre interculturelle (stage linguistique dans un pays francophone), ainsi que les mécanismes de décentration mis en œuvre par ces apprenants. D’un point de vue méthodologique, nous nous sommes basée sur le modèle de développement de la sensibilité interculturelle proposé par Milton J. Bennett en 1986, à savoir un instrument conceptuel à six étapes servant à définir le stade d’adaptation d’un individu à un autre système de valeurs, à une autre culture, à travers la reconnaissance de réactions personnelles lors du contact avec l’altérité. Au vu des résultats, nous avons remanié la grille initiale et proposons à présent notre propre modélisation en quatre étapes (Défense, Fascination, Acceptation, Intégration), qui correspond davantage aux verbalisations d’attitudes constatées chez nos informateurs.

 

Des sorties culturelles...

Des sorties culturelles en formation linguistique pour adultes migrants

GANDON Elise

Cet article présente un travail de recherche visant à développer les compétences orales d'adultes migrants en formation linguistique à travers des séances de formation culturelles. Ces séances peuvent être des visites de musées, de médiathèque ou de lieux du patrimoine de la ville de Lyon où se déroulent ces travaux de recherche. L'étude présentée est basée sur les prises de parole des adultes migrants sur les lieux des sorties culturelles et plus précisément sur le fait que des séances culturelles pourraient favoriser la prise en charge énonciative des participants. Les productions ou interactions orales sont enregistrées et analysées notamment l'emploi du lexique permettant de décrire et exprimer un avis sur la séance à travers l'emploi d'adjectifs qualificatifs. Cette étude démontre que, d'une part, les séances culturelles favorisent la spontanéité de la prise de parole en comparaison avec les séances en centre de formation, mais également que les participants développent des compétences et des connaissances lexicales dans ce cadre.

 

La prise en...

La prise en charge des élèves allophones au lycée en France

GRAVELEAU Elodie

Enseignante en UPE2A lycée, nous faisons au quotidien le constat que bien peu d’enseignant·es du second degré ont reçu une formation sur les élèves allophones. Par ailleurs, étant nous-même formée en FLE et en didactique des langues, il nous a été difficile d'élaborer un curriculum de FLSco. Nos travaux cherchent ici à répondre aux questions suivantes : avec un master FLE, est-on préparé à enseigner le français aux élèves allophones scolarisés en France, et avec un master MEEF, est-on préparé à travailler avec ces élèves à besoins particuliers ? La certification FLS proposée aux enseignant·es du secondaire est-elle un support de formation ? Et enfin, comment articuler les concepts de FLE, FLS et FLSCO, entre avancées de la recherche et pratiques de classe ?

 

Répertoires plurilingues et...

Répertoires plurilingues et identités hybrides chez les demandeurs d’asile non francophones

PICCOLI Vanessa

En s’appuyant sur un corpus d’interactions naturelles entre des professionnels de la santé et des demandeurs d’asile, cette contribution s’intéresse à l’utilisation de certains mots en français à l’intérieur du discours des demandeurs d’asile non francophones. À travers l’analyse de quelques séquences interactionnelles, elle vise à mettre en lumière la capacité des demandeurs d’asile à utiliser leurs répertoires linguistiques plurilingues non seulement pour atteindre une communication efficace, mais aussi pour mobiliser une identité à plusieurs facettes qui reflète leur statut hybride de (non-)citoyens.

 

Ce qu...

« Ce qu’il aurait fallu faire avant de partir : j’aurais dû étudier plus le français » ou comment la langue ne vient pas toujours aux étudiants japonais en mobilité

Pungier Marie-Françoise

Résumé Dans cette étude, on essaie de cerner la place prise par l’élément langue dans des expériences de mobilité plus ou moins longues entre le Japon et la France, et ce à travers les traces laissées par des étudiants restituant leur séjour dans plusieurs séries d’écrits prescrits par des commanditaires institutionnels (instance gouvernementale, université) et accessibles sur la toile. Les progrès en langue sont souvent donnés comme consubstantiels à l’expérience de mobilité académique, mais l’analyse qualitative des mises en mots d’étudiants-voyageurs retenues ici permet de reposer la question de savoir de quelle(s) langue(s) il s’agit, dans quelles situations et à quelles conditions, cela peut être vérifié. Après avoir rappelé le contexte spécifique, historique et actuel, des possibilités d’enseignement-apprentissage d’une langue étrangère dans le supérieur japonais, cette étude s’intéresse à l’appréhension de l’objet langue et à ses usages en contexte mobilitaire (y compris dans les silences sur lui) et met en évidence ses différentes facettes mais aussi les relations qui s’établissent entre lui et un étudiant-voyageur. On fait alors l’hypothèse que la variété de ces rapports à la langue n’est pas seulement due à la personnalité des individus en mobilité et à leur vécu antérieur mais relève d’une instrumentalisation plus ou moins poussée, par chacun d’eux, de l’élément linguistique dans une perspective socialisatrice : l’intégration à un groupe de pairs ou bien d’égaux constituant des horizons à atteindre désirables et légitimes.