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Wilhelm von Humboldt est né à Potsdam en 1767 et mort dans la maison familiale à Tegel dans la périphérie de Berlin en 1835. Homme d’Etat et représentant de l’autorité prussienne successivement dans plusieurs capitales européennes (acteur de la paix après la défaite de Napoléon), Humboldt maniait avec aisance l’anglais, le russe et l’italien, auxquels s’ajoutaient de riches connaissances dans grand nombre de langues du monde (dont le basque, les langues amérindiennes, le chinois et le malais). Humboldt possédait en outre une solide formation de philologue ; ses premières publications portent ainsi sur la traduction du grec.

Homme de lettres et homme d’Etat à la fois, Humboldt[1] était avant tout philosophe de l’éducation, et, à ce titre, linguiste. C’est bien sûr un anachronisme (assumé volontairement ici) de qualifier Humboldt de linguiste ; il est toutefois l’un des artisans majeurs de la rénovation de la philologie de son époque et au moins co-auteur avec August Schlegel de la classification linguistique à l’origine de la grammaire comparée, courant ultra-dominant du 19e siècle. Humboldt préserve un point de vue original par rapport à ses congénères en insistant sur l’originalité de chaque langue, et donc sur le fait qu’aucune langue ne correspond entièrement à l'un des types morphologiques identifiés : « in keiner Sprache ist Alles Beugung, in keiner Alles Anfügung ».

Son utilisation des concepts grecs d’ενεργεια/εργον parallèlement à Thätigkeit/Werk[2] est interprétée par certains (Coseriu 1988) comme inscription dans la tradition aristotélicienne (Peri hermeneias) ; défenseur d’une science interprétative (mais non spéculative) du langage, il peut être considéré comme postkantien ; on sait qu’il s’est inspiré de la Critique pour bâtir une anthropologie comparée, dans laquelle le langage figure comme potentiel infini de l’homme. Contemporain de Goethe et très ami avec Schiller, Humboldt fut formé à l’époque du Sturm und Drang, qui avait amorcé la réflexion autour de la sensibilité (Empfindsamkeit) ; il fut très inspiré de l’œuvre d’Etienne Bonnot de Condillac, qui problématise l’(in-)adéquation des signes à exprimer la pensée et par Herder, penseur d’un futur relativisme linguistique. Il évolua ensuite dans le classicisme de Weimar, attaché à mettre en harmonie la sensibilité avec la clarté de la pensée. Humboldt influença, à son tour, des « linguistes » majeurs du 19e siècle, dont Schuchardt (pour la dynamicité du langage et son intérêt pour le basque) ; Steinthal et Potebnja (pour la notion de création et la forme interne) ; ses théories sont reprises et développées en outre dans le cadre de la pensée herméneutique et phénoménologique (par Bühler, Cassirer, Heidegger, Habermas, Vygotskij, entre autres).

Durant toute sa vie, Humboldt a entretenu une relation intense avec son frère cadet, Alexander (*1769†1859), géographe, voyageur et, surtout, pionnier de la cartographie, qui était son pourvoyeur principal de données linguistiques les plus variées. C’est Humboldt qui a consacré le statut scientifique de l’explorateur : le chercheur doit se rendre attentif à la singularité de chaque langue et il ne peut en faire la théorie sans s’immerger dans la complexité et l’enchevêtrement de ses « plis ».

La lecture de Humboldt reste une lecture difficile, même pour une germanophone. La langue allemande dans laquelle sont écrits les textes sonne fort étrange en effet à nos oreilles actuelles. Ceci peut être imputé à une légère évolution de la langue elle-même, un peu aussi aux particularités du style académique de l’époque — et, pour beaucoup, à la singularité de l’expression de l’auteur. Je commence donc mon exposé avec une remarque de lectrice : malgré sa grande érudition et un langage fort soigné, la relation de Humboldt avec l’écriture devait être conflictuelle ; son œuvre est resté fragmentaire et en grande partie non publiée de son vivant ; l’écriture est redondante, comme s’il avait tenu de prouver, par son travail, que la pensée s’élabore avec chaque reformulation : « j’écris ce qui me vient spontanément » (« ich schreibe hin, was mir gerade einkommt » : [Briefwechsel Schiller, 208]). L’on peut noter par ailleurs qu’il a consacré les vingt-cinq dernières années de sa vie, dont sa retraite (plutôt anticipée, à 52 ans) toute entière à rédiger ses idées, sur le langage en particulier.

A défaut de pouvoir cartographier le foisonnement notionnel de la pensée humboldtienne, je propose un parcours de lecture dont le fil conducteur est la notion de Bildung, centrale dans le classicisme allemand et chez Humboldt, comme cela a été pointé par Thouard (2000). Je montrerai comment cette notion éclaire et met en cohérence les deux dimensions majeures de la personnalité de Humboldt, l’homme d’Etat et le linguiste. A l’heure où les cours de linguistique passent de la confidentialité à la clandestinité dans bien des universités publiques, j’argumenterai l’idée que la compétence linguistique peut donner corps à une politique éducative ambitieuse. Dans le contexte de ce volume qui propose une réflexion sur la créativité, je commencerai par une illustration du fonctionnement de la langue allemande à partir du mot Bildung lui-même, qui en est une manifestation significative.

1. Petite leçon de morphologie allemande

S’il est évident que le langage se prête à la présentation subjective (en épousant le style de notre comportement) de l’ensemble de notre activité spirituelle, il produit en même temps les objets de notre pensée. Car les éléments qui la constituent scandent notre représentation, qui, sans eux, serait entraînée dans une confusion sans fin. Ils sont les signes sensibles qui conditionnent le découpage des objets en différentes sphères et au moyen desquels (...) nous concentrons certains domaines de notre pensée en groupes unifiés qui se prêtent à d'autres combinaisons et opérations. [Humboldt, Briefwechsel Schiller, 207]

D’après le dictionnaire allemand de Grimm (Deutsches Wörterbuch, 2 ;23), Bildung signifie à l’origine image, synonyme de Bild et Bildnis ; son interprétation comme forme, figure et même représentation semble s’être imposée ensuite. Au sens le plus large, Bildung désigne le développement des capacités symboliques — morales et intellectuelles — chez l’homme. Particulièrement présente chez Goethe et Hölderlin, la pensée philosophique emprunte cette notion à la philosophie de la nature en sous-tendant à l’homme un instinct de développement créatif, qui vise au-delà de l’acquisition de connaissances la constitution de la personne entière. De nombreuses traductions existent, dont culture (Thouard, 2000 : 168), imagination (Trabant, 1992), projet créateur (Caussat, 1974 :135). Car Bildung résonne avec d’autres concepts qui peuvent lui être associés formellement, et, selon le contexte, sémantiquement :

1) dans le champ artistique : Bild (image), bilden (former), Bildhaftigkeit (caractère figuré) ;

2) en psychologie : Abbild, Abbildung, abbilden (représentation, représenter) ; Einbildung, einbilden, Einbildungskraft (imagination, imaginer, force imaginative) ;

3) dans le champ de l’éducation : Ausbildung (formation), Vorbildung, Schulbildung (éducation), Allgemeinbildung (culture générale), Gebildeter (le savant) ;

4) en linguistique : Ausbildung (élaboration), Wortbildung (morphologie).

Cet inventaire est aussi peu exhaustif qu’il est banal par ailleurs, tant la polysémie est représentative du fonctionnement habituel du langage humain : prédiquer à propos d’entités concrètes et abstraites, la pensée épouse la catégorisation du réel offerte par le mot et le soumet à la ré-création. Le radical bild subit ici des dérivations variées, par l’adjonction de préfixes (d’ordre sémantico-aspectuels et liés pour la plupart étymologiquement aux prépositions), de suffixes (permettant le plus souvent de changer la catégorie grammaticale) ou encore par la composition nominale, particulièrement productive en allemand (dont Einbildungskraft, Schulbildung, Allgemeinbildung, Wortbildung).

Le suffixe -ung lorsqu’il n’est pas employé dans un contexte déverbal[1], ajoute une interprétation processuelle au nom substantif (féminin) et désigne autant le devenir (bilden) que le résultat (Bild). En l’occurrence, « la chose en devenir » est tantôt l’idée ou le savoir, tantôt le discours ou la langue, tantôt la nation, le peuple. Reste la forme interne, essence historique de toute figure langagière présente dans tous les items de la famille : l’ensemble de ce champ lexical esquisse une vision congruente chez Humdoldt entre l’aménagement et la description linguistiques.

 

 

[1]Comme dans la dérivation du nom Vorstellung à partir du verbe vorstellen.

 

2. Le procédé du langage : Sprache bildet Gedanken

Entretenant, jusque dans l’écriture, le sommeil de la pensée dans l’attente de l’esprit, elle se constitue une existence singulière qui, sans doute, ne prend pas dans chaque cas toute sa valeur que dans la pensée en acte, mais qui, dans sa totalité, en reste indépendante. […] Car nulle part, pas même dans l’écriture, elle ne présente de situation stabilisée ; ce qui en elle parait mort, doit y être sans cesse reproduit par la pensée, réanimé par la parole et la compréhension, réassumé, en un mot, par la subjectivité. (Humboldt, Kavi [VII: 63] : 202)

2.1 Langage et pensée

La pensée se constitue dans l’acte de la parole.

Dans la perspective de Humboldt, la fonction cognitive du langage — la formation de la pensée — l’emporte sur la fonction communicative :

Toute activité supérieure de parole est une lutte avec la pensée, dans laquelle on éprouve tantôt plutôt la force, tantôt l'inquiète nostalgie. (Humboldt, Nationalcharakter: 157)

En termes de Bildung, le langage porte la pensée en créant le sens. Pensée et langage sont donc indissolubles. Mais, s’il est communément admis que le langage représente la pensée authentique, concevoir la dynamique inverse est plus original, totalement novateur au début du 18e siècle :

Le langage est ainsi le moyen, sinon absolu, du moins sensible, par lequel l'homme donne forme en même temps à lui-même et au monde ou plutôt devient conscient de lui-même en projetant un monde hors de lui. (Humboldt, Briefwechsel Schiller, in Caussat, 1974 : 17)

Toute activité de réflexion implique donc aussi le langage. Le processus de synthèse de la pensée est la formation originale, unique et éphémère d’une image par le langage. Lié à l’acte, la langue est ancrée dans le sujet :

Seul l'individu achève la détermination de la langue. Nul ne donne au mot exactement la même valeur qu'autrui ; toute différence, si faible soit-elle, provoque, comme les cercles que fait une pierre dans l'eau, des remous qui se répercutent à travers toute la surface de la langue. C'est pourquoi toute compréhension, est en même temps une non-compréhension, tout convergence entre les pensées et les sentiments en même temps une divergence (13). C'est dans la manière dont la langue est modulée au sein de l'individu que se révèle l'emprise que l'homme exerce sur elle et qui tranche sur la force massive qu'on lui a reconnu plus haut. Celle-ci peut être qualifiée, si l'on se permet d'appliquer une telle expression, au domaine spirituel, de pouvoir physiologique, tandis que l'emprise exercée par l'homme est un pouvoir purement dynamique (14).

(note 13) Ainsi se trouve fondée l'historicité de la langue, ce qui révoque définitivement l'hypothèse mythologique d'une "archi-langue" et l'hypothèse biologique d'une filiation des langues.

(note 14) Il n'y a pas de place en tout cas pour l'anatomique. (Humboldt, Kavi [VII:65], 203)

La réflexivité dans et par l’activité langagière est induite par la présence d’un Autre, saisie entre le subjectif et l’objectif. Le caractère émergent de ce processus de conceptualisation n’en est que la conséquence :

L’activité subjective forme un objet dans la pensée. Car il n’est pas une seule espèce de représentation qui puisse être considérée comme pure contemplation réceptive d’un objet déjà donné. L’activité de sens doit se lier synthétiquement à l’action intérieure de l’esprit et de cette liaison s’arrache la représentation. La représentation devient objet face à la force subjective et retourne, perçue de nouveau comme objet, dans la force subjective. Pour cela cependant, le langage est indispensable. Car comme en lui l’effort mental se fraye un chemin par les lèvres, le produit de cet effort mental retourne à l’oreille. La représentation est transformée en objectivité réelle sans pour autant être soustraite à la subjectivité. Ceci n’est possible que grâce au langage ; et sans cette transposition incessante qui, opérée constamment à l’aide du langage même silencieusement, effectue le passage de la subjectivité à l’objectivité avec retour au sujet, il est impossible de rendre compte de la formation du concept et, en général, de toute pensée véritable. Indépendamment même de la communication qui s’établit d’homme à homme, la parole est une condition nécessaire pour la pensée de l’individu au niveau de son existence la plus solitaire. (Humboldt, Kavi [VII :55s.], 194)

Là encore, la subordination du langage mental au langage extérieur constitue un changement de paradigme par rapport au canon antérieur. Cette notion d’altérité constitue un fondement majeur de la philosophie humboldtienne, c’est elle qui fonde la relation dynamique entre le sujet et la communauté par une créativité permanente.

 

2.2 Le procédé de langage comme phénomène

En appui sur la philosophie de Kant, qui considère la synthèse du sensible (la perception du monde extérieur) et de l’intelligible (« l’entendement ») comme source de la connaissance, Humboldt défend que cette connaissance émerge dans l’activité située, historique, du langage.

L’activité qui témoigne du travail de l’esprit est la parole : je deviens ce que je fais, je pense ce que je dis. La représentation est donc ancrée dans l’expérience. Cette pensée vise à la mise en harmonie de la sensibilité et de la clarté de la pensée, pilier du classicisme de Weimar et inspiré par les écrits de Condillac (Essai sur l’origine des connaissances humaines, 1746 ; Traité des sensations, 1754) sur l’imagination :

L'imagination n'est guère qu'une mémoire plus forte qui se re-présente les objets. L'extension la plus large de l'imagination a lieu quand à cette re-présentation des impressions se joint la réflexion qui combine les idées et quand, par conséquent, elle devient une faculté qui combine les qualités des objets pour en faire des ensembles, dont la nature n'offre point les modèles. Par-là elle prouve des jouissances qui, à certains égards, l'emportent sur la réalité même. II semble que c'est tout ce que les Français savent de l'imagination productive : elle n'est donc pas la création du non-réel, mais seulement la liaison, par la pensée, de ce qui dans la réalité ne se trouve pas de la même manière assemblé simultanément » (Humboldt, Gesammelte Werke XIV: 504 [citations françaises dans l’original en italiques], in Trabant, 1992 : 23).

La pensée se manifeste dans le langage, mais le langage n’a d’existence manifeste que dans le discours, qui est son réel observable. Même si on projette l’activité langagière de façon totalisante, absolue, dans une langue, la nature (l’essence) de la langue est l’activité de discours en instance.

Assumée dans sa réalité essentielle, la langue est une instance continuellement et à chaque instant en cours de transition anticipatrice ([4]). L'écriture elle-même ne lui assure qu'une conservation incomplète et momifiée, qui sollicite de toute urgence l'effort nécessaire pour retrouver le texte vivant. En elle-même, la langue est non pas un ouvrage fait [Ergon], mais une activité en train de se faire [Energeia]. Aussi sa vraie définition ne peut-elle être que génétique. Il faut y voir la réitération éternellement recommencée du travail qu'accomplit l'esprit afin de ployer le son articulé à l'expression de la pensée. En toute rigueur, une telle définition ne concerne que l'acte singulier de la parole actuellement proférée ; mais, au sens fort et plein du terme, la langue n'est, tout bien considéré, que la projection totalisante de cette parole en acte. (Humboldt, Kavi [VII : 46], 183)

Chaque énonciation est une combinaison d’éléments, qui projette des objets éphémères. La créativité n’atteint donc jamais le réel mais en construit des représentations singulières. Plus que de créations au sens fort, il s’agit d’interprétations du réel. L’approche de Humboldt peut donc être qualifiée de phénoménologique :

Il faut que d’une manière ou d’une autre, le mot et la parole cessent d’être une manière de désigner l’objet ou la pensée, pour devenir la présence de cette pensée dans le monde sensible, et, non pas son vêtement, mais son emblème ou son corps. (Merleau-Ponty, 1945 : 212)

Bildung, en terme de procédé de langage, désigne à ce titre la formation conjointe de figures discursives et mentales.

3. La forme interne : Rede bildet Sprache

3.1 La langue est émergente

Rappelons que la distinction des concepts de langue et de langage est un acquis du structuralisme qui succède Humboldt de près d’un siècle ; les deux termes se confondent en outre dans l’allemand Sprache, pour lequel le contexte ne parvient pas toujours à lever l’ambiguïté. Si l’on veut parler de langue/s, celles-ci ne sont que la projection collective par une communauté. Humboldt note (à son regret ?) que l’observation des structures des langues se coupe du procédé de création :

Définir les langues comme travail de l’esprit est une expression tout à fait juste et adéquate en ce que la présence de la pensée ne peut être pensée autrement qu’en terme d’activité. La segmentation de ses structures, indispensable à leur étude, nous impose même de les considérer comme procédé, qui se déroule par des moyens et à des fins particulières, et de les appréhender comme créations des nations. (Humboldt, Sprachbau & geistige Entwicklung, chap.8, 41s.)

Bildung, dans cette perspective, décrit la relation entre les deux temporalités : le discours élabore la langue. La notion d’élaboration implique donc un procédé langagier de formation de figures et un acte discursif, intersubjectif, qui, transposé à l’échelle de la nation, représente un fragment du processus de création culturel (le cas échéant entériné par des actes métalinguistiques et métalangagiers de réification linguistique).

3.2 La formation des mots

La notion d’élaboration développée ci-dessus fait écho à la notion de forme interne. Développée en premier par Kant, ce concept vise d’abord à opposer, dans la représentation des objets de pensée, une dimension spatiale (externe) et une dimension temporelle (interne). Dans la lignée de Kant, en focalisant la parole, ce n'est pas la forme acoustique du mot qui constitue l'objet d’intérêt de Humboldt. En effet, la formation des mots en terme de Bildung n’est pas révélée par la forme phonétique, qui n’est que « l’expression que la langue procrée pour l’expression de la pensée » (Humboldt, Kavi [VII:81], 221). C’est davantage l’effet psychologique produit par son instanciation, en ce que l’instanciation re-construit la représentation d’un existant.

Connexion entre le concept abstrait et la figure discursive, la forme interne est une sorte de principe fondateur de la langue, un modèle à la fois abstrait et historiquement fondé des structures linguistiques du discours social. Chez Humboldt, la notion s’applique tantôt à la langue entière, tantôt au mot[5] ; plus que le signe, la forme interne désigne le processus de sémiotisation qui consiste à relayer l’instanciation individuelle par une objectivation des unités linguistiques dans le corps social. C’est la forme interne qui lie le sujet locuteur à l’esprit du peuple/de la nation (Volksgeist) dans lequel il s’inscrit. L’esprit du peuple est caractérisé en effet par une vision du monde (Weltansicht) qui se réalise à travers et dans la langue. La notion de forme interne contredit donc l’équation entre les catégories linguistiques (spécifiques) et les catégories logiques (universelles).

3.3 Emergence et évolution

S’il est bien souvent permis de traduire Bildung par le terme création, celui-ci possède en allemand un autre équivalent, Zeugung, terme que Humboldt refuse, peut-être trop étroitement lié à la Genèse. La création-Zeugung serait donc limitée à l’apparition initiale du langage ; dans cette perspective, le changement linguistique est assimilé à une corruption de la perfection initiale. Bildung désigne alors un processus moins absolu, à la fois plus relatif et plus fluide.

Rien n’est dit de la forme qui serait alors associée à cette perfection initiale, mais par ailleurs Humboldt fait l’hypothèse que la structure d’une langue se développe par la mise en relation dans le discours (Rede) de mots-concepts. L’on retrouve cette idée dans les théories modernes de la grammaticisation/grammaticalisation, en particulier la linguistique évolutionniste de Givón (Givón, Talmy, 2002).

Humboldt en déduit une évolution des langues qui procèderait par l’absence de formes relationnelles (avec des énoncés fortement sous-déterminés) par la généralisation des formes-relations aux côtés des formes-concepts jusqu’à une intégration accentuelle des formes-relations dans des constructions grammaticalement plus contraignantes. Dans la première phase, l’absence de formes relationnelles (« redeverknüpfende Formen ») est suppléée par l’esprit ; la grammaire de ces langues est limitée à des règles d’ordonnancement des formes-concepts et l’utilisation ad hoc des formes-concepts pour exprimer certaines relations. Lors de la deuxième phase, les procédés d’ordonnancement sont régularisés, les concepts-relations généralisés et perdent progressivement leur capacité à être utilisés comme formes-concepts. La troisième phase consiste à synthétiser les formes associées en une seule, oblitérée par l’intégration accentuelle et les formes-relation ne possèdent plus la valeur conceptuelle « gênante » d’avant, leur seule fonction est le marquage relationnel. Cette théorie s’inspire de la typologie morphologique proposée par les frères Schlegel en langues isolantes – agglutinantes – flexionnelles, en apportant une dimension hiérarchique au classement des langues.

4. Visions du monde et réflexivité

4.1 Relativisme linguistique : Sprachsinn et  Weltansichten

La langue donne corps à la pensée de la communauté. De façon stricte, cette idée a été interprétée comme déterminisme culturel par la langue. L’idée de l’extériorisation de la pensée par la langue remonte à Herder (les langues posent « des barrières et des contours » à la pensée). De façon plus souple, elle a été à la base du structuralisme américain et de l’hypothèse dite Sapir-Whorf (Sapir, 1921 ; Whorf, 1956), où la relation est tantôt inversée, en mettant l’accent sur la langue même comme formation culturelle, où en supposant une interaction continuelle entre les deux : « la langue définit comment nous pensons mais non ce que nous pensons » (Sapir, 1921 : 218), position caractéristique de ce que Sapir lui-même qualifia de relativisme linguistique. Ce relativisme semble en plus étroite correspondance avec le sens de la langue (Sprachsinn), orienté sur la forme interne, qu’avec la vision du monde (Weltansicht) dans la théorie de Humboldt :

Du fait de la dépendance réciproque de la pensée et du mot, il est clair que les langues ne sont pas à proprement parler des moyens pour présenter une vérité déjà connue, mais, au contraire, pour découvrir une vérité auparavant inconnue. Leur diversité n’est pas due aux sons et aux signes : elle est une diversité des visions du monde elles-mêmes. (Humboldt, Vergleichendes Sprachstudium & Sprachentwicklung [IV :27], 101)

Humboldt insiste dans ce passage sur le caractère singulier de toute langue par les « vérités » qu’elle instancie : si la forme interne est le propre d’une langue prise isolément, dans sa spécificité, elle rend explicite l'esprit de la nation (Volksgeist ; Sprachgeist).

Or la langue, pour bien s'approprier aux besoins de la pensée, doit, autant que possible, en reproduire l'organisme dans sa propre structure. Autrement, elle, qui doit être symbole en tout, sera justement un symbole infidèle et imparfait de ce à quoi elle se trouve le plus immédiatement unie. Tandis que d'une part la masse des mots qu'elle possède donne la mesure de l'étendue du monde qu'elle embrasse, de l'autre sa structure grammaticale représente pour ainsi dire l'idée qu'elle se fait de l'organisme de la pensée. (Humboldt, Grammatische Formen & Ideenentwicklung [IV:307-8], 48s.)

Le terme « organisme » doit être compris dans le sens de l’organe kantien, composante d’un corps ; Humboldt suppose donc une congruence entre une vision du monde et la langue qui la porte — le vocabulaire représentant le monde, les structures la manière de penser. Pour découvrir cet esprit, il faut « segmenter » les structures pour les décrire (cf. citation ci-dessus en 3.1 : Sprachbau & geistige Entwicklung, chap.8, 41s.), la casser (« zerschlagen ») en mots et en règles pour en comprendre la singularité (Eigenthümlichkeit).

La démarche d’analyse doit s’effectuer de l’intérieur, avec les catégories propres d’une langue, sa logique propre :

Les privilèges et les carences d’une langue ne se mesurent pas à ce qu’elle est capable d’exprimer mais à ce qu’elle enflamme par sa force interne. Sa mesure est la clarté, la détermination et la vivacité des idées qu’elle éveille dans la nation à laquelle elle appartient, par l’esprit de laquelle elle a été formée et sur lequel elle agit en retour. […] Une langue doit être appréhendée par le sens dans lequel elle a été créée par la nation, et non par un autre, étranger. (W.v.Humboldt, Grammatische Formen & Ideenentwicklung [IV:289], trad. KP)

Quelque peu incohérent par rapport à ce postulat d’une démarche émique, surprenant pour un si grand penseur — mais cohérent avec sa théorie de l’évolution des langues, l’idée suivante nous rappelle que Humboldt est un homme du début du 19e siècle et que lui aussi pense le monde dans les catégories de son temps (de sa nation) :

Que les langues qui possèdent des formes grammaticales soient seules parfaitement appropriées au développement des idées, c'est un fait qu'on ne saurait nier. (W.v.Humboldt, Grammatische Formen & Ideenentwicklung [IV:311] in Tonnelé 1859 : 53)

C’est à dire, les langues flexionnelles, dont, bien sûr, le grec, le latin et les langues européennes modernes !

4.2 La vision du monde au pluriel : Ausbildung

Dans le Caractère national des langues, Humboldt développe comment la pensée est « prise » dans une langue. Le questionnement et la recherche de compréhension d’une langue-pensée étrangère est créativité en ce qu’elle conduit au dépassement de soi.

S’intéresser à une langue autre que la sienne, c’est découvrir de nouvelles vérités. Par sa vision différente, le sujet réinterprète la langue autre de manière originale :

Si donc celui qui devra à d'autres langues le degré de culture où il est parvenu, en étudie ensuite une moins parfaite, et s'en rend maître, il peut arriver à produire avec elle des effets étrangers à la nature propre de cette langue; de façon qu'il y fait passer un sens, un esprit tout différent de celui qu'est habituée à y mettre la nation qui vit soumise à son unique influence. D'une part, la langue se trouve entraînée hors du cercle où sa nature l'enferme et de l'autre, comme toute compréhension suppose le concours de l'objet et du sujet, elle reçoit dans son sein un élément nouveau. Et ainsi l'on voit à peine ce qu'il serait impossible d'exprimer en elle et par elle. (Humboldt, Grammatische Formen & Ideenentwicklung [IV:287], 15-16)

L’on n’apprend pas une langue, mais on apprend à la créer (ou : on comprend le sens de la langue en la recréant). La démarche émique préconisée pour comprendre une langue autre que la langue maternelle, correspond donc à un processus dialogique qui conduit à l’enrichissement et du sujet et de la langue :

[…] en même temps que s’élargit le sens de la langue, s’élargit aussi le sens de la nation. (W.v.Humboldt, Agamemnon, in Thouard 37)

C’est ainsi au niveau du sujet et du discours que les langues se nourrissent, se développent par le contact avec d’autres.

Si l’on connaît par ailleurs l’interprétation hiérarchique des types linguistiques (cf. ci-dessus 4.1 et 3.2), il est intéressant de noter à quelles langues s’intéresse le linguiste Humboldt pour les étudier en profondeur : le basque, à portée de main, avec une grammaire très synthétique ; les langues amérindiennes, avec des systèmes basés sur des catégories et oppositions très différentes des grammaires européennes ; le chinois, indéniablement non flexionnelle mais doté d’une production culturelle considérable (dont d’aucunes affirment que la littérature — genre-phare du développement des idées — est quelque peu sous-déterminée).

Cette diversité typologique (loin des langues flexionnelles réputées plus abouties) révèle que le programme de Humboldt est un programme anthropologique au sens où on l’entendait à l’époque, comme l’étude historique de l’homme, par ses actes et activités, langagières en l’occurrence, en vue de la découverte de toute sa diversité « spirituelle ».

4.3 L’activité de l’érudit : der Gebildete

Dans la perspective de l’époque, étudier les langues, c’est étudier les discours/textes, en particulier par la traduction. La traduction est une démarche de réflexivité particulièrement fertile pour dégager la vision du monde singulière d’une langue, et pour enrichir sa propre vision du monde.

Depuis la traduction de la bible par Luther, la tradition humaniste allemande (et européenne) avait développé une véritable culture de la traduction. Dans le contexte littéraire et philosophique à la fin des Lumières, la traduction est l’un des instruments de la constitution de l’universalité ; l’approche des Romantiques allemands y place la recherche (métaphysique) du « pur langage » que chaque langue porte en elle ; dans le classicisme de Weimar dont WvH était un acteur central, la traduction était surtout réputée enrichir la culture. Notons en passant que par le refus de l’évidence rassurante de la langue maternelle, la démarche de traduction met la langue du sujet-traducteur en position inférieure vis-à-vis de la langue autre, ce qui semble s’éloigner de l’idéal humaniste, mais ce qui est certainement de nature à ouvrir la pensée.

Il s’agissait en outre de la pratique intellectuelle centrale dans la formation des jeunes (élites). Comme tous les savants de l’époque, Humboldt a été formé en philologie classique, dont la pratique consistait principalement à traduire et à commenter des textes anciens. Mais son intérêt pour la traduction suggère aussi qu’il conceptualise la linguistique (historique) et la philosophie du langage comme de simples variations d’échelle. L’enrichissement de la compétence individuelle par l’altérité propre au discours est relayé, au niveau collectif, par l’enrichissement d’une pratique artistique (littéraire) par une autre. C’est ainsi que Humboldt argumente que la traduction doit « amplifier » l’allemand ; l’on retrouve ici l’idée d’August Schlegel selon laquelle la polytraduction permet d’enrichir la langue allemande, gauche, pour l’assouplir.

Parmi les publications de Humboldt, l’on trouve ainsi des traductions du grec, Agamemnon, qui date des débuts de sa carrière. L’introduction à cette traduction souligne deux aspects majeurs de l’appropriation d’une langue étrangère telle qu’elle se manifeste par l’acte de la traduction (poétique, dans le cas présent, ce qui pose bien entendu des contraintes formelles particulières) : la singularité de chaque langue, et la créativité propre au langage. L’originalité de chaque langue le conduit à souligner l’existence d’une distance interlinguistique, variable mais toujours existante, qui doit être surmontée lors de la traduction : l’interdépendance entre mot et concept varie d’une langue à l’autre, aussi toute traduction est-elle imparfaite et partiale. Humboldt dénonce comme source d’erreur majeure dans les traductions un souci abusif de la fidélité.

On peut même affirmer qu’une traduction s'écarte d'autant plus qu’elle aspire péniblement à la fidélité. Car elle cherche alors à imiter jusqu’aux plus fines particularités, évite ce qui est simplement général, et ne peut qu'opposer à chaque propriété une propriété différente. (W.v.Humboldt, Agamemnon, in Thouard, 35)

D’après Humboldt, une traduction fidèle n’est pas celle qui cherche la correspondance la plus étroite, mais celle qui restitue ce qu’il y a d’étranger en dépassant l’étrangeté. Car la traduction ne peut réduire la distance entre les deux langues, mais elle peut soutenir l’équilibre de la compréhension. Humboldt suggère donc une autre démarche de traduction plus adéquate, celle qui pose l’équivalence par la permanence des référents, extralinguistiques. Cette démarche suppose un double mouvement : d’abord sémasiologique, pour découvrir les signifiés d’un signifiant, puis onomasiologique pour attribuer un nouveau signifiant au signifié instancié.

C’est la créativité du langage (ou, la dynamicité des langues) qui permet au traducteur de repousser les limites de la langue de traduction, qui est, tout comme la compréhension, un travail actif de construction seconde du texte initial, une reconstitution plus qu’une restitution du discours. Et c’est dans la ré-création du concept par l’intermédiaire de la Verschiedenheit (divergence, diversité) que l’acte de traduction a un effet sur les langues. Elle vaut ainsi comme acte politique fort.

5. Bilan : langage et langues dans l’éducation humaniste

Humboldt propose une saisie qui permet de mettre en cohérence langage, langues et discours ; si les dichotomies caractéristiques de l’époque fondatrice de la linguistique sont absentes ici, le modèle envisage le langage dans sa fluidité. Vouloir comprendre l’esprit humain par un questionnement sur la variabilité et l’invariance des langues du monde, rapproche Humboldt de la linguistique actuelle, qui explore, avec de nouveaux outils, certes, la diversité des langues du monde pour sonder l’unicité de l’espèce humaine.

Le champ lexical de Bildung illustre la cohérence de la théorie linguistique de Humboldt. La forme interne du mot Bildung sa polysémie particulière et ses variantes morphologiques — rendent manifeste le procédé de ré-création du concept par ces usages, qui véhiculent toujours, de façon plus ou moins cachée, une part d’histoire de la nation (la forme interne).

La Bildung telle que conçue par Humboldt est l’activité ontologique de l’humain, à distinguer de la création, Zeugung. La Bildung humaniste est une activité ancrée dans l’existant, technique qui consiste à en reconduire les coordonnés, mais qui permet aussi son propre dépassement. C’est une activité-processus ensuite, Thätigkeit, bien plus qu’un produit, et constitue un concept qui propose une saisie dynamique de l’univers de l’humain. Cette activité constitue enfin un véritable « travail » d’ajustement de la pensée par le langage (Humboldt, Kavi [VII : 46]).

Enfin, le modèle du langage de Humboldt nourrit la vision d’un projet politique (national) de formation - Bildung au sens d’éducation - qui donne une place de choix aux langues vivantes et, par là même, aux Belles Lettres. Le fondement de la nouvelle université de Berlin par le ministre WvH n’en est que la conséquence administrative. En préférant la Bildung individuelle à la Révolution (dont il est le contemporain), Humboldt intériorise la liberté individuelle en refusant à l'individualisme l’espace de l’expression politique directe - et en laissant l'État à lui-même.

Le cas de Wilhelm von Humboldt reste exemplaire pour la plus-value apportée à la politique par un solide ancrage en sciences humaines. Mais après le processus de Bologna, l’on ne peut plus que rêver d’une érudition telle que la possédait Humboldt ; rêver des moyens dont il disposait pour explorer les terrains qui nourrissaient sa pensée (sa mobilité, en somme) ; rêver des échanges soutenus avec les autres érudits de son temps, qui ont fait la richesse de sa pensée.

 

Bibliographie

T  Textes d’étude

[Agamemnon] Humboldt, Wilhelm von, 1816, Einleitung zu Agamemnon. Version bilingue allemand/français citée : Thouard, Denis, 2000, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage, Points essais, 33-47.

[Grammatische Formen & Ideenentwicklung] Humboldt, Wilhelm von, 1822, Über das Entstehen der grammatischen Formen und ihren Einfluss auf die Ideenentwicklung. Reproduit in:  A.Flitner & K.Giel (eds.), Wilhelm von Humboldt, Werke in fünf Bänden. III. Schriften zur Sprachphilosophie  (chap.3). Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft. Version française citée : De l'origine des formes grammaticales et de leur influence sur le développement des idées, suivi de Lettre à M.Abel Remusat (Traduction d'Alfred Tonnelé, 1859) Bordeaux : Ducros.

[Kavi] Humboldt, Wilhelm von, 1836-1839, Über die Kawi-Sprache auf der Insel Java / Über die Verschiedenheit des menschlichen Sprachbaues und ihren Einfluss auf die geistige Entwicklung des Menschengeschlechts. Reproduit in : A.Flitner & K.Giel (eds.), Wilhelm von Humboldt, Werke in fünf Bänden. III. Schriften zur Sprachphilosophie (chap.8). Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft. Version française citée : Caussat, Pierre (ed.), 1974, Introduction à l'œuvre sur le kavi et autres essais. Paris, Éditions du Seuil.

[Nationalcharakter] Humboldt, Wilhelm von, 1823/1824, Über den Nationalcharakter der Sprachen. Reproduit in:  A.Flitner & K.Giel (eds.), Wilhelm von Humboldt, Werke in fünf Bänden. III. Schriften zur Sprachphilosophie (chap.4). Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft. Version bilingue allemand/français citée : Thouard, Denis, 2000, Sur le caractère national des langues (et autres écrits sur le langage), présentés, traduits et commentés par D.Thouard, Paris : Editions du Seuil (points / essais).

[Sprachbau & geistige Entwicklung] Humboldt, Willhelm von, 1827-1829, Über die Verschiedenheit des menschlichen Sprachbaues. Reproduit in:  A.Flitner & K.Giel (eds.), Wilhelm von Humboldt, Werke in fünf Bänden. III. Schriften zur Sprachphilosophie (chap.7). Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft.

 [Vergleichendes Sprachstudium & Sprachentwicklung] Humboldt, Wilhelm von, 1820, Über das vergleichende Sprachstudium in Beziehung auf die verschiedenen Epochen der Sprachentwicklung. Reproduit in:  A.Flitner & K.Giel (eds.), Wilhelm von Humboldt, Werke in fünf Bänden. III. Schriften zur Sprachphilosophie (chap.1). Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft. Version bilingue allemand/français citée : Thouard, Denis (ed.), 2000, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage, Paris : Ed.Points essais, 64-111.

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[1]Pour la fluidité de la rédaction, j’évoquerai Wilhelm von Humboldt dans la suite de mon exposé par le seul patronyme. La référence à son frère Alexander sera explicitée.

[2]Le code graphique adopté dans mon exposé distingue : 1) par des petites majuscules, les concepts qui me paraissent significatifs chez Humboldt tels qu’ils ont été rencontrés dans leur version allemande ; 2) par des caractères italiques, l’essence notionnelle en langue française correspondant à un concept donné ; 3) entre guillemets, les citations extraites au textes de Humboldt et intégrées, en allemand ou dans leur traduction française, lorsqu’elles sont intégrées dans le fil de mon propos ; 4) sauf indication contraire, les mise en exergue en caractère gras dans les citations en paragraphe détaché sont de mon initiative.

[3]Comme dans la dérivation du nom Vorstellung à partir du verbe vorstellen.

[4]La note figurant à cet endroit de l’original n’est pas reproduite ici.

[5]Steinthal (1850), disciple de Humboldt, développe le concept en l’appliquant au seul mot ; il décrit plus précisément l’émergence du mot ou du phénomène grammatical isolé en trois étapes : l’étape pathognomique, où l’emporte l’expression des sentiments ; l’étape caractérisante, où la forme interne est rapportée à un etymon encore transparent ; l’étape de transformation, où la forme interne est devenue insaisissable par le fait d'un lien direct entre son et signification. En corollaire, les marques historiques s’obscurcissent au fur et à mesure pour préserver à la langue son efficacité.


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