Introduction

Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL)

Ce numéro propose une lecture critique de la manière dont la didactique des langues s'est développée depuis le début des années 2000 en Europe sous l'influence du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).

Cette publication, réalisée par des experts mandatés par le Conseil de l'Europe, s'est imposée en quelques années seulement comme un outil d'organisation et de régulation du marché des langues vivantes étrangères en Europe, inspirant l'écriture des programmes nationaux, servant de référence pour l'élaboration des manuels de langues ou pour les offres de cours dans les nombreux instituts publics ou privés qui satisfont une demande croissante de qualification en langues que les systèmes scolaires publics peinent à satisfaire.

Dans un paysage didactique contemporain extrêmement consensuel, rares sont les voix qui détonnent pour questionner ce texte, la manière dont il a été rédigé, l'idéologie qu'il véhicule, les effets négatifs qu'il peut avoir sur la didactique des langues.
Les auteurs de ce numéro font partie des quelques universitaires en France, mais aussi en Suisse, en Italie, qui ont entrepris cette remise en question à la manière de Christian Puren qui, non sans malice, va jusqu'à parler d'un  cadre de « révérence ». Chacune et chacun le fait à partir de ses terrains et de ses propres préoccupations.

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L’empire des mots morts. Lisons le CECR comme un cauchemar

Résumé : Ce texte est une critique de la rationalité managériale à l’œuvre dans les documents de référence du Conseil de l’Europe en matière d’enseignement et d’apprentissage des langues.

Le cadre de référence est analysé comme une technologie politique de gouvernement et de contrôle des individus. Il participe d’un ordre managérial du discours qui conçoit l’apprenant comme un individu total évoluant dans un univers sans négativité.

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Le CARAP. À la recherche de la didactique du plurilinguisme

Résumé : L'article analyse un des outils théoriques qui se propose de réaliser les promesses du CECR en matière de didactique du plurilinguisme, le Cadre de référence pour les approches plurielles (dorénavant CARAP).

S'agissant des « approches plurielles », nous commençons par montrer qu'il s'agit là d'un regroupement artificiel de courants didactiques nés dans des horizons différents.

Analysant la conception de ce document, nous aurons l'occasion de montrer que sa construction s'éloigne des exigences d'une démarche scientifique pour laisser la place à une démarche de compilation où règne la subjectivité des auteurs. Nous terminons ce travail en montrant que le CARAP est un outil d'une complexité extrême que plusieurs caractéristiques rendent inutilisable, en soulignant les problèmes que pourrait poser une éventuelle application dans les systèmes éducatifs.

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Apprendre, enseigner, selon le CECR : SOS Cadre vide, on demande des auteurs !

Résumé : La critique est menée sur deux fronts : celui du concept de citoyenneté, car le CECRL a des prétentions dans le champ politique et pas seulement dans la sphère éducative ; celui des contenus didactiques en montrant que le CECRL fonctionne comme un instrument de rationalisation de l'évaluation, pratique à laquelle il fournit effectivement un cadre de référence, mais qu'il ne saurait tenir lieu de document cadre pour l'enseignement et l'apprentissage des langues. Son mode d'écriture refuse en effet les prises de position sur nombre de points clés, ce qui est loin d'être anodin et sans effet.

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L’idéologie de la standardisation des compétences et de leur évaluation dans les politiques éducatives de l’Union européenne: des savoirs dissociés aux acteurs dépossédés dans le domaine des langues

Résumé : Qu’avons-nous fait à nos langues et surtout à nos usagers de langues ? Qu’avons-nous fait à nos enseignants, qui sont en principe formés pour enseigner et évaluer les compétences acquises ou requises ? A quel moment ont commencé les dérives où l’évaluation a non seulement dominé mais aussi recouvert toutes les pratiques enseignantes, et plus largement institutionnelles, jusqu’à en déposséder les acteurs concernés et les principales instances évaluatrices chargées de le faire?

Pour comprendre comment s’est implantée dans tous les secteurs cette « idéologie de l’évaluation », jusqu’au cœur de l’éducation, de la formation et de la recherche, il nous faut revenir sur son histoire.

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En finir avec le Je contraint et réifié dans l’objet PEL : pour une didactique de la biographie langagière comme processus relationnel

Résumé : Partant d’une analyse de discours du PEL, nous mettrons en évidence combien le JE contraint, qui y est mis en scène, découle d’une vision du plurilinguisme et du pluriculturalisme pour le moins naïve et européocentriste du pluriculturalisme. Obéissant à des segmentations et des simplifications des savoirs et des savoir-faire, traduisant une position fonctionnaliste vis à vis de la langue et de la communication, les discours du PEL impliquent une conception normative, prescriptive et universaliste de la biographie langagière et de ses procédures d'évaluation. Nous analyserons les tensions manifestes à l’égard de l’objet PEL et de son utilisation à partir des exemples suisse, français et italien. Un retour aux sources du texte autobiographique littéraire pourrait remettre les didacticiens des langues sur des pistes plus fructueuses. L’autobiographie langagière et culturelle que le PEL est censé recueillir devrait ainsi se configurer comme un texte relationnel que l’on ne doit pas trahir en niant la singularité du sujet pour choisir sa voix, pour se dire, pour définir les limites de sa confiance envers ses lecteurs et dévoiler son rapport à ses langues et cultures. Quelques exemples de démarche de construction dialogique de la biographie langagière pour une éducation interculturelle seront proposés.

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Quand le monde du travail peut venir en renfort de la didactique des langues…

Résumé : La Perspective actionnelle, méthodologie prônée par le CECRL, reste encore largement à l’état programmatique. Toutefois elle pourrait recevoir des apports significatifs si elle prenait pleinement en compte les caractéristiques de la version humaniste de la compétence développée dans le monde du travail à partir des années 80. Telle est l’hypothèse qui sera défendue dans cet article.

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Besoins et motivation en questions

Résumé : Se pourrait-il que parler une langue étrangère s’annonce comme la réponse à des besoins clairement identifiés entraînant une motivation juste suffisante pour atteindre l’objectif visé ?

En ces temps soucieux d’optimiser l’enseignement-apprentissage des langues (comme de toute chose), il apparaît que l’analyse des besoins oriente l’investissement nécessaire à la conquête d’une nouvelle compétence en hiérarchisant ses fins (A1, B2, etc.) pondérant ainsi l’attente-motivation des buts : « Je peux communiquer de façon simple ; Je peux développer un point de vue sur un sujet d’actualité, etc. » (CECR : 3.3, p. 25-27). Mais encore, cette approche totalement nouvelle d’une langue (ibid. : 4e de couv.) permettra de circonscrire le secteur linguistique opportun : FLE, FLS, FOS…qui correspondra le mieux aux attentes-besoins que cette compétence comblera selon le principe « amaguiz »1 (ibid. : « à votre guise », p. 4) et qui résume assez bien l’ambition de cette « langue(s) de service »2 en même temps qu’elle rassure tout un chacun sur sa grande liberté de choix ; cependant que le Cadre s’emploie à convaincre toute l’U.E. qu’il n’y a qu’une seule voie de salut (ibid. : 1.2). Il paraîtra donc évident que la nouvelle approche cadre répondra aux besoins de tout le monde et que, chacun y trouvant la réponse escomptée, aura conséquemment la motivation idoine.

Or, si l’on suit l’étude systématique de La motivation avec La pyramide des besoins de A. Maslow, il n’est pas certain que les besoins s’expriment aussi clairement et, qu’en toute logique, les mobiles agissent pour confirmer la cohérence de l’enchaînement : besoin-motivation-action. Car, les besoins se hiérarchisent d’abord selon des degrés de prépondérance aléatoire et ils échappent finalement à toute prédiction. Dans ces conditions, les certitudes d’un modèle d’acquisition de type résolument actionnel-fonctionnel (CECR : 2.1.5) s’effritent, comme le doute s’immisce dans la pensée déterministe : les moyens n’assurent pas nécessairement les fins. Sans compter que, chez ceux qui habitent en langue étrangère, M. Marzano et A. Mizubayashi convoqués, c’est une question vitale : de faim, essentielle au désir-nourriture d’être-au-monde où se loge toute parole humaine, même débutante et imparfaite, irréductible à un langage véhicule-moyen de communication.

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Politiques linguistiques et politiques d’intégration en Europe : analyse des fondements idéologiques.

Résumé : Le Conseil de l’Europe produit des discours idéologiques qui ont pour objectif de donner des cadres de réflexion et d’action aux décideurs politiques mais également aux chercheurs. Les champs de la didactique des langues et de la sociolinguistique sont particulièrement réceptifs à ces discours et il semble nécessaire de les analyser pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des productions idéologiques. Cette idéologie est construite sur le dogme du libéralisme, de la concurrence sans entrave et de la libre circulation des capitaux, des biens et des personnes. Elle repose également sur des notions-valises (identité, culture, diversité, etc.) qui génèrent davantage de problèmes qu’elles n’en résolvent. L’objectif cet article est de comprendre la logique idéologique des textes européens et d’interroger les notions qui leur servent de base théorique.

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La problématique éthique du « savoir-être » en didactique des langues-cultures : quelques réflexions autour du CARAP et autres productions du Conseil de l’Europe

Résumé : Sous l’influence des travaux du Conseil de l’Europe, la notion de savoir-être occupe une place de plus en plus importante en didactique des langues-cultures. L’objectif de cet article est d’interroger le sens, la pertinence et la légitimité de cette notion à travers l’analyse des problèmes éthiques posés par sa mise en œuvre en formation des enseignants et des apprenants. Après avoir souligné notamment la portée maximaliste et totalitaire du savoir-être, nous plaidons pour une éthique minimale en didactique des langues-cultures et, consécutivement, pour l’abandon de la notion de savoir-être.

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Cadre commun (CECRL avec photo de famille (ERT, CCE, OCDE...) et langue de coton

Résumé : Ce texte s'emploie à montrer que le CECRL est en proximité immédiate avec différents documents d'orientation politique et économique de l'Union européenne ou de l'OCDE. Il montre coment il est perméable à leur idéologie, reprenant dans son mode d'écriture des éléments nés dans ces ensembles discursifs. Au terme de l'analyse, le CECRL apparaît comme l’un des maillons, l’un des dispositifs visant à encadrer le sujet et à l’assujettir au marché du travail, même si l’on continue à parler de ses besoins, de son épanouissement et de sa rencontre avec l’autre.

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