Le travail social traverse une période de profonde transformation, marquée par des défis sociaux, politiques, environnementaux et économiques sans précédent. Ces bouleversements soulignent l'urgence de penser une posture radicale, capable d’intervenir sur les effets causés par les structures sociales d’inégalités et d'exclusion, particulièrement chez les enfants et les jeunes. Ces derniers et ces dernières, souvent au carrefour de multiples formes d'oppression (pauvreté, racisme, discriminations systémiques) et d’exploitation sont plus largement perçus comme des cibles des interventions en travail social et moins comme des acteurs capables de transformer le monde qui les entoure.
En cherchant à comprendre et transformer les structures sociales à l’origine des difficultés systémiques plutôt que de limiter l’action les travailleurs et travailleuses du social à la résolution des difficultés individuelles, le travail social radical offre des possibilités pour ,replacer la justice éco-sociale, l’éducation critique et la participation des jeunes au cœur de ses pratiques (Ferguson & Lavalette, 2013). Le travail social radical est plus que jamais un outil de transformation face aux défis sociaux contemporains et ces défis concernent et impliquent directement les enfants et les jeunes (Rurka & Paturel, 2023). Ils et elles doivent être considérés non seulement comme des bénéficiaires de services sociaux, mais aussi comme des acteurs et auteurs du monde social, politique et institutionnel. Ce numéro spécial vise à explorer ces dynamiques et à proposer des pistes pour un travail social plus inclusif et radical.
Ainsi, cet appel à contributions cherche à promouvoir une réflexion essentielle sur la manière dont les rapports de pouvoir entre adultes et enfants façonnent les relations et les pratiques sociales, institutionnelles et professionnelles. Il permet également de nourrir un champ théorique qui n’est pas encore suffisamment exploré dans le contexte du travail social radical, en intégrant les critiques féministes et sociales de l’enfance. Le travail social radical, en se réappropriant ces théories, peut jouer un rôle fondamental dans la dé-re-construcion de ces rapports de pouvoir et dans les transformation des pratiques professionnelles pour en faire un outil de reconnaissance et d'émancipation pour les jeunes.
Cet axe se concentre sur la conceptualisation de l’enfance et les rapports de pouvoir adultes-enfants, en mobilisant entre autre les théories féministes, critiques et décoloniales (Hooks, 2020). Loin d’être « naturellement vulnérables », les enfants sont rendus vulnérables par le système juridique et social qui les prive d’une certaine d’autonomie ce qui peut conduire à interroger la naturalisation des rapports de pouvoir produite par des systèmes de croyances, de valeurs et de pratiques (Alvarez-Lizotte & Caron, 2022; Benoit, 2023; Bonnardel, 2020; Piterbraut-Merx, 2020b, 2020a, 2023, 2024; Richard, 2024). L’éducation libératrice et la pédagogie critique, telles que promues par Paulo Freire ou, dans une approche féministe telle que celle proposée par Bell Hooks, sont des outils puissants pour transformer les rapports de pouvoir. Rappelons que pour Paulo Freire la pédagogie n’est pas un ensemble d’outils, de techniques ou une méthode mais désigne un agir éthique. Comment le travail social peut-il remettre en question l’adultisme et l’infantisme qui structurent de manière hégémonique les relations sociales, les politiques publiques et les pratiques institutionnelles et professionnelles ? Comment les relations de pouvoir entre adultes et jeunes peuvent-elles être déconstruites pour permettre une participation véritablement émancipatrice des enfants dans leur environnement social et institutionnel ? Ce premier axe invite à repenser les fondements du travail social à travers une approche féministe, décoloniale et critique, en déconstruisant les pratiques et discours hérités des dynamiques de domination.
Les contributions pourront aborder :
En premier lieu, cet axe questionne la manière dont les institutions sociales (protection de l’enfance, éducation, santé) peuvent être repensées à partir des principes du travail social radical. Il s’agit d’analyser comment les travailleuses sociales et travailleurs sociaux peuvent s'engager dans la transformation des structures institutionnelles afin de créer des environnements plus inclusifs, justes et égalitaires pour les jeunes. Pour cela, il est possible d’explorer la manière dont les enfants et les jeunes peuvent être inclus de manière significative dans les processus participatifs, individuels ou collectifs, familial, institutionnels ou politiques. Comment l’ensemble des intervenant·es peuvent-ils éviter le tokenisme (la participation symbolique) pour favoriser une participation significative(Bouma, 2019) des jeunes dans les espaces sociaux ? Il s'agit d’examiner les méthodologies participatives qui respectent l’autonomie des jeunes tout en les impliquant activement dans la co-construction des services sociaux et des politiques publiques.
Les contributions pourront aborder :
Cet appel vise à rassembler des contributions qui :
Du côté de la Recherche - Le Dossier est confié à deux chercheurs dont l’un est travailleur social. Il est constitué d’articles sur une thématique pour laquelle il a été fait un appel. Le nombre de signes (espaces compris) est entre 25000 à 30000.
Du côté des Etudiants – Les contributions au nombre de deux sont proposées par des étudiants en formation DEIS ou Master. Elles peuvent être en rapport avec la thématique du Dossier mais peuvent aussi rendre compte d’une étude en dehors du thème (15000 signes)
Du côté des Praticiens du travail social – Les contributions au nombre de deux sont celles de praticiens qui font un retour réflexif sur un travail de recherche (20000 signes)
Du côté des destinataires des dispositifs d’action sociale – Les contributions peuvent être des personnes concernées ou bien des interviews (10 à 20000 signes)
Alvarez-Lizotte, P., & Caron, C. (2022). L’adultisme comme outil d’analyse critique : Exemple appliqué à l’intervention sociojudiciaire auprès des jeunes vivant en contexte de violence conjugale. Enfances, familles, générations [En ligne], 41.
Benoit, L. (2023). Infantisme. Seuil.
Bonnardel, Y. (2020). La domination adulte : L’oppression des mineurs (Nouvelle éd). le Hêtre Myriadis.
Bouma, H. (2019). Taking the child’s perspective : Exploring children’s needs and participation in the Dutch child protection system[University of Groningen].
Ferguson, I., & Lavalette, M. (2013). Critical and radical social work : An introduction. Critical and Radical Social Work, 1(1), 3‑14.
Freire, P. et al. (2023) La pédagogie des opprimés. Marseille: Agone (Élements).Réédition
Hooks, B. (2020). Tout le monde peut être féministe : Une politique du coeur. Éditions Divergences.
Piterbraut-Merx, T. (2020a). Doit-on protéger les enfants ? : Les voies de la domination adulte. Revue du Crieur, N° 15(1), 106‑113.
Piterbraut-Merx, T. (2020b). Enfance et vulnérabilité. Ce que la politisation de l’enfance fait au concept de vulnérabilité. Éducation et socialisation, 57.
Piterbraut-Merx, T. (2023). Classe d’enfants : Politiser l’appropriation temporelle et l’oubli dans la domination adulte-enfant: Mouvements, n° 115(3), 14‑25.
Piterbraut-Merx, T. (2024). La domination oubliée : Politiser les rapports adulte-enfant. éditions blast.
Richard, G. (2024). Protéger nos enfants. Binge audio éditions.
Rurka, A., & Paturel, D. (2023). Travail social et démocratie : Les enjeux d’hier et d’aujourd’hui du travail social radical. Quelle place pour les recherches participatives ?: Connexions, n° 118(1), 95‑109.